Un homme vient à un roi avec un livre. Le chapitre s'ouvre par deux phrases : « Sunzi Wu était un homme de Qi. Il se présenta au roi Helü de Wu au moyen de l'art de la guerre » (孫子武者,齊人也。以兵法見於吳王闔廬) — la page écrit ensemble l'honorifique et le nom : Maître Sun, Wu. Puis un court échange : « vos treize chapitres, je les ai tous vus. Pourriez-vous faire un petit essai de maniement de troupes ? » « Je le pourrais. » « L'essai pourrait-il se faire avec des femmes ? » « Il le pourrait. » Là-dessus « il y consentit, fit sortir les beautés du palais et en obtint cent quatre-vingts » (出宮中美女,得百八十人). Cet article porte sur ce qui arriva à ces cent quatre-vingts en ce jour-là.
Un : deux questions, cent quatre-vingts femmes
Ce qui suit est de l'exercice, écrit comme de l'exercice : « Sunzi les divisa en deux compagnies, donna pour capitaines les deux concubines favorites du roi, et ordonna à toutes de prendre des hallebardes » (孫子分為二隊,以王之寵姬二人各為隊長,皆令持戟). Puis l'ordre du jour : « savez-vous votre cœur, et vos mains gauche et droite, et votre dos ? » Les femmes dirent que oui. « En avant, regardez le cœur ; à gauche, la main gauche ; à droite, la main droite ; en arrière, le dos » (前,則視心;左,視左手;右,視右手;後,即視背). Quatre directions, chacune donnée par une partie du corps qu'elles avaient déjà.
Ensuite : « les consignes une fois publiées, il fit installer la hache et la grande hache de justice, et donna trois fois les ordres et cinq fois les répéta » (約束既布,乃設鈇鉞,即三令五申之). La hache est installée avant la répétition, non après : un instrument de supplice debout sur le sol pendant qu'on lit les ordres. La page n'en donne ni la taille ni la forme.
Deux : tambour à droite, tambour à gauche
Premier tambour : « il les tira au tambour vers la droite, et les femmes rirent aux éclats » (鼓之右,婦人大笑). Le jugement de Sunzi : « les consignes ne sont pas claires, les ordres répétés ne sont pas connus — c'est la faute du général » (約束不明,申令不熟,將之罪也). Alors « il donna de nouveau les ordres trois fois et les répéta cinq fois, et les tira au tambour vers la gauche, et les femmes rirent de nouveau » (復三令五申而鼓之左,婦人復大笑). Deux fois, le compte est répété en entier : trois ordres, cinq répétitions.
La seconde fois il énonce les deux moitiés : « les consignes ne sont pas claires, les ordres répétés ne sont pas connus — faute du général ; mais maintenant qu'elles sont claires et qu'elles n'obéissent pas à la loi, c'est la faute des officiers et des hommes » (約束不明,申令不熟,將之罪也;既已明而不如法者,吏士之罪也). « Il voulut alors décapiter les capitaines de gauche et de droite » (乃欲斬左右隊長). Ce sont les capitaines des deux compagnies.
Trois : l'homme sur la terrasse
Le roi regardait : « le roi de Wu regardait du haut de la terrasse ; voyant qu'on allait décapiter ses favorites, il fut saisi d'effroi. Il envoya en hâte un messager porter cet ordre : je sais déjà que le général sait commander des troupes ; sans ces deux concubines, je ne trouve aucune saveur à ma nourriture ; je vous prie de ne pas les décapiter » (吳王從臺上觀,見且斬愛姬,大駭。趣使使下令曰:寡人已知將軍能用兵矣。寡人非此二姬,食不甘味,願勿斬也).
La réponse vient de Sunzi : « moi, j'ai déjà reçu l'ordre d'être général ; quand le général est avec l'armée, l'ordre du roi n'est pas reçu partout » (臣既已受命為將,將在軍,君命有所不受). Là-dessus « il décapita les deux capitaines et les fit porter en exemple » (遂斬隊長二人以徇), puis « il prit les suivantes comme capitaines » (用其次為隊長). La page ne remplit pas ce que le roi pensa alors : la phrase suivante est déjà le tambour.
Quatre : un dernier tambour
« Il les tira de nouveau au tambour. Alors les femmes, à gauche et à droite, en avant et en arrière, à genoux et debout, tombaient toutes juste dans l'équerre et le cordeau, et aucune n'osait faire un bruit » (於是復鼓之。婦人左右前後跪起皆中規矩繩墨,無敢出聲). L'équerre, le compas, le cordeau et l'encre sont des outils de charpentier ; c'est la lecture courante de 規矩繩墨, et la page ne la glose pas. Il fit dire au roi : « les troupes sont maintenant en ordre ; le roi peut descendre les inspecter ; qu'il en use à son gré : elles iraient même à l'eau et au feu » (兵既整齊……雖赴水火猶可也).
Le roi refusa : « que le général se repose et rentre à ses quartiers ; je ne souhaite pas descendre regarder. » Et Sunzi : « le roi aime seulement les mots, et ne peut pas user de la substance » (王徒好其言,不能用其實). Le chapitre clôt l'histoire d'un souffle : « là-dessus Helü connut que Sunzi savait commander des troupes, et finit par le faire général. À l'ouest ils brisèrent l'État puissant de Chu et entrèrent dans Ying ; au nord ils imposèrent Qi et Jin ; son nom fut célèbre parmi les seigneurs, et Sunzi y eut part » (孫子與有力焉). Les campagnes tiennent ici en une seule proposition, et cet article ne les développe pas.
Cinq : Sunzi sur une autre page
Le même homme a un autre récit dans la Maison héréditaire de Wu, écrit autrement. Ce chapitre tient les années et les lieux : troisième année de Helü, attaque de Chu, Shu prise ; quatrième, Liu et Qian ; cinquième, Yue vaincu ; sixième, Chu battu à Yuzhang ; neuvième, la question d'entrer dans Ying. Mot pour mot : « le général Sun Wu dit : le peuple est las ; on ne peut pas ; attendons » (將軍孫武曰:民勞,未可,待之) ; et la neuvième année, le roi interroge ensemble Wu Zixu et Sun Wu, qui répondent sur le commandant cupide de Chu et sur Tang et Cai. Une page a donc une chronologie et un général en fonction ; l'autre n'a pas d'années et une seule scène dans un palais. Cet article met les deux côte à côte et ne complète ni l'une ni l'autre.
Le chapitre se ferme sur le commentaire du Grand Historien, et ce commentaire énonce la règle que suit cet article : « ce que le monde dit des armées parle toujours des treize chapitres de Sunzi… aussi je n'en traite pas, et je traite ce qu'il fit et ce qu'il établit » (世俗所稱師旅,皆道孫子十三篇……故弗論,論其行事所施設者). C'est un commentaire, non un récit ; il est donc cité comme la phrase de l'historien. C'est aussi pourquoi aucun chapitre des treize n'est cité ici et qu'aucune lecture du texte militaire n'est proposée. Les lacunes restent des lacunes : l'âge ou l'origine des femmes, la longueur ou le modèle des hallebardes, le lieu du palais où se fit l'exercice, ce qu'on fit des deux décapitées, le temps que dura l'affaire. Cet article n'appelle non plus l'homme un sage de la guerre ni l'exercice un modèle de discipline : la page laisse quelques gestes, quelques phrases, et cent quatre-vingts personnes tenant des hallebardes.
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Sources et lectures complémentaires
- 司马迁《史记》卷六十五〈孙子吴起列传〉(维基文库本,未与点校本复核) — The whole episode, in one paragraph: Sunzi of Qi presenting himself to King Helü of Wu 'by means of the art of war' (以兵法見於吳王闔廬); the two questions about a small trial, first with troops and then with women; 'brought out the beauties of the palace, and got one hundred and eighty of them' (出宮中美女,得百八十人); the two companies with the king's two favourite concubines as captains, all ordered to take halberds; the four directions (heart, left hand, right hand, back); 'thrice he gave the orders and five times repeated them' (三令五申之); the drumming right and left with laughter both times; the general's-fault/officers'-fault sentence; the king's order from the terrace; 'when the general is with the army, the king's command need not be accepted' (將在軍,君命有所不受); 'beheaded the two captains and paraded them' (遂斬隊長二人以徇); and the close, with the campaigns in the west and north and 'Sunzi had a part in it' (孫子與有力焉). The page gives no date, no place inside the palace, and no number besides 180.
- 司马迁《史记》卷三十一〈吴太伯世家〉(维基文库本,未与点校本复核) — Used for contrast only. Here Sunzi is a serving general and no more: in King Helü's third year, when the king wants to enter Ying, 'the general Sun Wu said: the people are worn out; it cannot be done; wait' (將軍孫武曰:民勞,未可,待之); in the ninth year the king puts the question to Wu Zixu and Sun Wu together, and the two answer about Chu's commander and about Tang and Cai. The chapter has no palace drill, no women, no drum — which is why the two pages are set side by side rather than merged.
- 《孙子兵法》十三篇(维基文库本,未与点校本复核) — Checked only to fix the boundary: the thirteen chapters are a separate text and a separate article's subject. In line with the brief, this piece quotes no chapter and offers no reading of the military text; the only reference is the列传's own sentence that the king had read 'your thirteen chapters' (子之十三篇,吾盡觀之矣).




