Un jour, une heure et un lieu en onze caractères : « À l'heure jiazi, avant l'aube, le roi au matin arriva à la lande de Muye, aux abords de la capitale des Shang, et alors il prêta serment » (時甲子昧爽,王朝至于商郊牧野,乃誓). C'est tout ce que le Livre des Documents donne comme ouverture. Cet article reste dans cette seule matinée : ce que le serment ordonna à l'armée, comment les rangs devaient avancer, et ce qu'un chant fit de ce jour. La date est gardée telle qu'écrite, jiazi, sans conversion en date du calendrier moderne.
Un : le serment comme ordre de campagne
Avant que le serment ne devienne parole, il y a une pose : « le roi tenait la hache jaune dans sa main gauche et la bannière de queue de bœuf blanche dans sa droite, pour faire signe, et dit : Lointains sont les gens de la terre d'ouest » (王左杖黃鉞,右秉白旄以麾……逖矣西土之人). Puis il nomme l'armée, et la liste est la chose la plus concrète de la page : « les chefs de mes États amis ; les officiers, les ministres de l'Éducation, de la Guerre et des Travaux ; les rangs inférieurs et supérieurs ; les maîtres des clans ; les capitaines de mille et de cent ; et les hommes de Yong, Shu, Qiang, Mao, Wei, Lu, Peng et Pu » (嗟!我友邦冢君……及庸、蜀、羌、髳、微、盧、彭、濮人). Huit peuples alliés sont nommés, debout avec les gens de l'ouest. La page signale ici des variantes — Lu écrit 纑 dans une lecture — et elles sont citées telles qu'imprimées.
Vient ensuite l'ordre sur les armes, trois choses et trois verbes : « levez vos ge ; joignez vos boucliers ; plantez vos lances ; je vais prêter serment » (稱爾戈,比爾干,立爾矛,予其誓). Ge, bouclier, lance — et « lever », « joindre », « dresser ». C'est un commandement, non un schéma : la page ne donne ni formation, ni espacement, ni nombre d'hommes par rang ou par file, aussi cet article ne dessine-t-il aucun plan du champ.
L'accusation suit, et commence par un proverbe : « les anciens disaient : une poule ne chante pas à l'aube ; si une poule chante à l'aube, cette maison est perdue » (牝雞無晨……惟家之索). Appliqué au roi des Shang : « il n'use que des paroles d'une femme ; il a rejeté ses sacrifices et ne leur répond plus ; il a écarté les oncles et frères qui lui restaient ; et les nombreux criminels qui ont fui des quatre directions, il les honore, les élève, les croit et les emploie, en faisant des ministres et des officiers » — c'est pourquoi « moi, Fa, j'accomplis avec respect le châtiment du Ciel » (今予發,惟恭行天之罰). L'étiquette importe : c'est l'accusation du camp des Zhou, la cause qu'il publia avant le combat, non une conclusion.
Deux : six ou sept pas, quatre à sept coups
Le plus proche d'un exercice, c'est ceci : « dans l'affaire d'aujourd'hui, n'allez pas au-delà de six ou sept pas, puis arrêtez-vous et alignez les rangs ; … n'allez pas au-delà de quatre, cinq, six ou sept coups, puis arrêtez-vous et alignez les rangs » (不愆于六步、七步,乃止齊焉……不愆于四伐、五伐、六伐、七伐,乃止齊焉). Des pas et des coups, chacun avec une limite et chacun avec un arrêt. La page porte une note sur le coup : « un coup et une estocade font un fa » (一擊一刺爲一伐), citant le commentaire de Zheng au Livre des rites. C'est une note, non le serment, et elle est signalée comme telle ici. Combien d'hommes dans un rang, à quelle distance, comment la ligne était alignée : la page ne le dit pas.
Deux autres lignes donnent des dents à l'ordre : « soyez farouches, farouches comme des tigres, comme des léopards, comme des ours, comme des grizzlis, aux abords des Shang » (尚桓桓,如虎、如貔、如熊、如羆), et « ceux qui passent de notre côté, nous ne les frappons pas ; qu'ils servent la terre d'ouest » (弗迓克奔,以役西土). Puis la peine : « si vous ne vous employez pas, vous serez punis en vos propres personnes » (爾所弗勖,其于爾躬有戮). Un ordre de campagne, avec la mort écrite dans sa dernière clause.
Trois : la même matinée en deux voix
Le Livre des Odes donne à ce jour une autre voix. Du Da Ming : « les armées de Yin Shang vinrent, leurs compagnies comme une forêt ; ils tirèrent des flèches à Muye ; c'est nous qui nous levâmes. Dieu est avec vous ; ne doutez pas de vos cœurs » (殷商之旅,其會如林。矢于牧野,維予侯興。上帝臨女,無貳爾心). Et ensuite : « Muye était large, les chars de santal brillaient, les attelages de chevaux rouges étaient forts. Notre maître Shangfu était comme un aigle en vol ; il aida le roi Wu, qui frappa le grand Shang ; le matin de la rencontre fut clair » (牧野洋洋,檀車煌煌,駟騵彭彭。維師尚父,時維鷹揚……會朝清明).
Les deux textes ne doivent pas être fondus. Le serment est un ordre donné aux soldats avant que rien n'arrive : des pas, des coups, des peines. Le poème est un chant sur ce jour, en strophes fixes : une forêt de compagnies, des chars brillants, un aigle. Le poème ne donne ni pas ni ordres sur les armes ; le serment ne donne ni forêt ni attelages de chevaux rouges. La page imprime aussi la préface de Mao — « Da Ming : le roi Wen avait une vertu éclatante, et ainsi le Ciel donna de nouveau son ordre au roi Wu » (文王有明德,故天復命武王也) — qui est une déclaration tardive sur ce à quoi sert le poème, non le chant. Cet article sépare donc trois choses : l'ordre, le chant, la préface.
Quatre : les nombres, et le retournement des armes
Les nombres sont dans les Mémoires historiques, et ce sont les nombres d'une histoire des Han : « le roi Wu conduisit trois cents chars de guerre, trois mille braves tigres et quarante-cinq mille hommes cuirassés pour attaquer Zhou à l'est » (率戎車三百乘,虎賁三千人,甲士四萬五千人,以東伐紂). La date est répétée — « au deuxième mois, au jour jiazi, avant l'aube, le roi Wu arriva à Muye » (二月甲子昧爽) — et après le serment, « les troupes des seigneurs qui se joignirent étaient de quatre mille chars, et elles rangèrent l'armée à Muye » (諸侯兵會者車四千乘,陳師牧野). Trois cents chars au serment ; quatre mille quand les armées se rencontrèrent. La page ne concilie pas les deux, et cet article non plus.
La bataille tient en deux phrases. « Le roi Zhou apprit que le roi Wu était venu, et envoya aussi sept cent mille hommes à sa rencontre. Le roi Wu envoya le maître Shangfu avec cent hommes pour provoquer, et chargea l'armée de Zhou avec les grandes levées » (亦發兵七十萬人距武王……以大卒馳帝紂師). Puis la phrase sur laquelle tourne le passage : « les soldats de Zhou étaient nombreux, mais aucun n'avait le cœur au combat ; ils voulaient que le roi Wu entrât vite, aussi retournèrent-ils leurs armes et combattirent, et ouvrirent le chemin au roi Wu » (紂師皆倒兵以戰,以開武王). Zhou monta à la terrasse de Lutai, s'enveloppa de ses jades précieux et se brûla. Ce sont les chiffres et la scène d'une histoire : consignés, non mesurés — et cet article n'oppose pas sept cent mille à quarante-cinq mille pour expliquer l'issue.
Cinq : ce que dirent les hommes d'après
On peut ajouter une phrase tardive, si on l'étiquette. La onzième année du duc Zhao, dans le Zuo zhuan, Han Xuanzi demande si Chu peut prendre Cai ; Shu Xiang répond : « Jie vainquit Youmin et perdit son État ; Zhou vainquit les Yi de l'Est et se détruisit » (桀克有緡,以喪其國;紂克東夷,而隕其身). Le locuteur est nommé, l'occasion est une question sur Chu, et la ligne est un jugement sur Zhou — non un document de la fin des Shang, et rien sur la manière dont les rangs se tenaient. Aussi n'apparaît-elle ici que comme ce que dirent les hommes d'après, en une phrase, sous le nom de Shu Xiang. Ce que les pages ne donnent pas : la formation réelle (combien de rangs, quel espacement), la proportion des armes, les pertes, la durée des combats, l'endroit de la plaine. Rien n'est fourni, aucune carte n'est dessinée, aucune date n'est convertie, aucun total n'est calculé. Cet article s'en tient à trois choses de cette matinée : un ordre, un chant, et les quelques nombres qu'une histoire a consignés.
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Sources et lectures complémentaires
- 《尚书·牧誓》(维基文库本,未与点校本复核) — The oath itself, short enough to read in a few minutes: 'At the hour of jiazi, before dawn, the king in the morning arrived at the waste of Muye outside the Shang capital, and then swore' (時甲子昧爽,王朝至于商郊牧野,乃誓); the axe and banner; the list of ranks and of the eight allied peoples; 'lift your ge, join your shields, set up your spears'; the charge about the hen that crows at dawn and the king who uses a woman's words; the orders of six or seven paces and of four to seven strokes; and the closing threat. The page marks variant readings in its own brackets — 盧/纑 and others — and carries one note, quoting Zheng's commentary to the Record of Music for 'one blow and one thrust make one fa' (一擊一刺爲一伐); that is a note, not the oath, and is marked as such here.
- 《诗经·大雅·大明》(维基文库本,未与点校本复核) — The song, eight stanzas, with the two that concern Muye: 'the hosts of Yin Shang came, their companies like a forest; they shot arrows at Muye… God is with you, do not doubt your hearts' (殷商之旅,其會如林……無貳爾心) and 'Muye was broad, the sandalwood chariots shone, the teams of red horses were strong; our Master Shangfu was like an eagle on the wing' (牧野洋洋,檀車煌煌,駟騵彭彭……時維鷹揚). The page also prints the Mao preface ('King Wen had bright virtue, and so Heaven again gave its command to King Wu' 文王有明德,故天復命武王也) and a note on the stanza count. The preface is a later statement of the poem's purpose, not part of the song, and is kept separate here.
- 司马迁《史记》卷四〈周本纪〉(维基文库本,未与点校本复核) — The Han history's account: 'Wu Wang led three hundred war chariots, three thousand tiger braves and forty-five thousand armoured men to attack Zhou in the east' (率戎車三百乘,虎賁三千人,甲士四萬五千人,以東伐紂); 'in the second month, on jiazi, before dawn, Wu Wang arrived at Muye' (二月甲子昧爽); after the oath 'the troops of the feudal lords who joined were four thousand chariots, and they drew up the army at Muye' (諸侯兵會者車四千乘,陳師牧野); Zhou 'sent out seven hundred thousand men'; 'Wu Wang sent Master Shangfu with a hundred men to challenge'; and 'Zhou's soldiers all turned their weapons and fought, opening the way for Wu Wang' (紂師皆倒兵以戰,以開武王). The chapter also records the crossing of the Meng ford in the eleventh month and the year count 'nine years' and 'eleventh year' — dating the Han history uses and the oath page does not.
- 《春秋左氏传》昭公十一年(维基文库本,未与点校本复核) — Used for one later sentence only, and marked as later. Answering Han Xuanzi's question whether Chu would take Cai, Shu Xiang says: 'Jie overcame Youmin and lost his state; Zhou overcame the Eastern Yi and destroyed himself' (桀克有緡,以喪其國;紂克東夷,而隕其身). The speaker is named in the text (叔向), the occasion is a question about Chu in the eleventh year of Duke Zhao, and the sentence is a Spring and Autumn judgement on Zhou, not a Shang or early Zhou record.




