L’Histoire des Song commence par une réserve : « les méthodes du huizi et du jiaozi ont peut-être été prises à l’argent volant des Tang » (會子、交子之法,蓋有取於唐之飛錢). 蓋 est un mot de conjecture, et la conjecture est celle de l’historien, non un résultat établi. Ce qui suit est précis : sous l’empereur Zhenzong, Zhang Yong était en poste au Shu et, « peiné que la monnaie de fer du Sichuan fût lourde et incommode pour le commerce, établit un système de contrats : un billet pour une corde, échangé tous les trois ans » (患蜀人鐵錢重……一交一緡,以三年為一界而換之). Cet article s’en tient aux deux pages Song, le jiaozi au nord et le huizi au sud ; les billets Jin et Yuan ne sont pas ici, et les trois ne sont pas fondus en une seule histoire.

Le Sichuan : seize maisons

Les premiers gestionnaires furent privés. « En soixante-cinq ans il y eut vingt-deux émissions, et on l’appela jiaozi ; seize riches maisons le géraient » (六十五年為二十二界,謂之交子,富民十六戶主之). Un billet pour une corde, une nouvelle émission tous les trois ans, l’ancienne rachetée : un système de certificats tenu par seize maisons. Comment les seize furent choisies, comment les billets étaient imprimés, quelle garantie elles déposaient — la page ne le dit pas. Ce qu’elle dit, c’est comment l’arrangement finit : « ensuite la richesse des riches maisons déclina, elles ne purent racheter ce qu’elles devaient, et les procès se poursuivirent sans fin » (後富民資稍衰,不能償所負,爭訟不息).

Puis l’État. Les commissaires aux transports Xue Tian et Zhang Ruogu « demandèrent d’établir le bureau des jiaozi de Yizhou, d’en monopoliser l’émission et d’interdire la fabrication privée ; Renzong suivit leur proposition » (請置益州交子務……私造者禁之。仁宗從其議). L’émission fut fixée : « le plafond d’une émission était de 1 256 340 cordes » (界以百二十五萬六千三百四十緡為額) — un chiffre à la dizaine. À partir de la cinquième année de Xining, deux émissions coururent ensemble : « les jiaozi eurent deux émissions à partir de là » (交子有兩界自此始). La fausse monnaie fut punie d’abord « comme pour la contrefaçon des sceaux et documents officiels », et en la troisième année de Chongning « ceux qui fabriquaient privément du papier à jiaozi furent punis des travaux forcés » (私造交子紙者,罪以徒配). L’impression augmenta après l’ère Shaosheng, « la plus petite de plusieurs centaines de milliers de cordes, la plus grande de plusieurs millions » (少者數十萬緡,多者或至數百萬緡) — les chiffres ronds de la page, non un total. En la première année de Daguan, le bureau du Sichuan devint un bureau des billets, et au change « un nouveau jiaozi fut mis pour quatre des anciens » (新交子一當舊者四).

Huizi : dix millions de cordes par émission

Le billet du Sud commença mal. En la première année de Shaoxing le gouvernement fit des guanzi (關子) pour Wuzhou — des traites sur le monopole, une tout autre sorte de papier. En la sixième année il ordonna un bureau pour les huizi à la capitale provisoire, et un mémoire l’arrêta en huit caractères : « le gouvernement n’a pas de capital propre ; comment le peuple lui ferait-il confiance ? » (官無本錢,民何以信?) Le bureau fut aboli.

Le système fut fixé en la quatrième année de Qiandao : « trois ans furent fixés pour une émission, une émission plafonnée à dix millions de cordes, de nouveaux billets faits et les anciens échangés à chaque émission » (三年立為一界,界以一千萬貫為額,隨界造新換舊) ; « sur chaque billet un droit de service de vingt sapèques était perçu, moitié moins sur les billets de cent et moins » (每道收靡費錢二十足,零百半之). Un billet usé dont les caractères et le sceau restaient vérifiables était échangé. En la cinquième année, les bureaux de la capitale furent autorisés à recevoir la première émission en paiement des certificats de thé, sel, encens et alun, et chaque émission ensuite aux mêmes conditions ; sur l’argent de transport envoyé par les préfectures, « sept parts devaient être prises en monnaie et trois en huizi » (以七分收錢,三分收會).

Trois chiffres de la troisième année de Chunxi donnent les proportions : « le revenu annuel du ministère des finances était de douze millions, dont la moitié en huizi ; le trésor du Sud en rachetait quatre millions en or et argent ; ce qui circulait dehors n’était que deux millions » (戶部歲入一千二百萬,其半為會子……四百萬……才二百萬耳). La page donne ces trois nombres et rien de plus : un plafond d’émission n’est pas un stock en circulation, et cet article n’additionne pas les chiffres en un seul.

Puis les émissions furent étirées. En la troisième année de Chunxi les troisième et quatrième émissions furent chacune prolongées de trois ans. En la première année de Shaoxi les septième et huitième furent prolongées, et un mémoire dit ce que cela signifiait : « une émission de huizi est limitée à trois ans ; voici qu’elle est prolongée deux fois, ce qui fait neuf — comment montrer la confiance ? » (今展至再,則為九年,何以示信?) En la première année de Qingyuan le plafond lui-même fut relevé : « l’émission de huizi fut plafonnée à trente millions » (會子界以三千萬為額). Au début de Jiading une corde « ne valait plus que quatre cents sapèques de fer ou moins » (每緡止直鐵錢四百以下). Une page porte les deux bouts : dix millions, trente millions, quatre cents sapèques.

Hangzhou : la corde courte

Le Mengliang lu, carnet de la fin des Song du Sud sur la capitale et non un registre administratif, donne la rue en quelques lignes. La corde courte : « autrefois la corde de la ville valait soixante-dix-sept ; récemment le peuple l’a réduite à cinquante et s’en sert sur le marché » (元都市錢陌用七十七陌,近來民間減作五十陌行市通使) — le 元 ici se lit généralement « autrefois », non comme la dynastie Yuan. Les billets en usage : « le gouvernement imprima aussi des huizi, et les émissions quinze à dix-huit sont en cours » (自十五界至十八界行使). Puis un autre papier : « dans la période Xianchun, quand Jia Qiuhuo fut chancelier, il changea la loi et fit des guanzi d’or et d’argent, à trois cordes de la dix-huitième émission pour un guanzi, en cours dans tout le royaume » (以十八界三貫準一貫關子). Et la conséquence selon l’auteur : « après cette promulgation, dans chaque commerce et marché les marchandises montèrent de prix et la corde de monnaie fondit » (諸行百市,物貨涌貴,錢陌消折矣). La page note aussi que le gouvernement, sa loi monétaire échouant, « fit fondre des plaques de plomb à Hangzhou pour la commodité de l’usage » (杭城增造鑞牌).

Deux sortes de page

Les deux pages ne se raccordent pas. L’Histoire des Song compte en émissions plafonnées par l’État — 1 256 340 cordes pour le jiaozi du Sichuan, dix millions puis trente millions pour le huizi — et donne droit de service, prolongations et échange des anciens contre des neufs. Le Mengliang lu compte ce qu’un habitant de Hangzhou voyait : les émissions quinze à dix-huit en usage, une corde réduite de soixante-dix-sept à cinquante, trois cordes de la dix-huitième émission pour un guanzi. Les émissions du carnet appartiennent aux dernières décennies des Song ; cet article ne les convertit pas dans la numérotation de l’histoire, ni ne traite le carnet comme un registre de l’État. Une page est une institution, l’autre une rue, et le pont entre elles n’est sur aucune.

Ce qu’aucune page ne donne

Aucune page ne donne le papier, la pâte ou l’impression : ni matière, ni procédé, ni coût d’un seul billet. Ce qui s’en approche le plus est le droit de service cité plus haut — « vingt sapèques sur chaque billet » — et la page ne dit pas ce qu’il payait ; l’interprétation courante est qu’il était perçu lors de l’échange des anciens contre des neufs, et elle est marquée ici comme interprétation courante, non comme mots du texte. Il n’y a pas non plus de total en circulation : un plafond d’émission est un plafond. L’anti-contrefaçon n’est présente que comme peines, sans plaque ni technique. Rien n’est converti en monnaie moderne, nul pouvoir d’achat n’est calculé, et aucune page n’appelle cela le premier papier-monnaie du monde.

Deux billets, deux gouvernements, deux pages. Le jiaozi commença comme certificat privé dans une province à monnaie de fer, passa à un bureau quand les seize maisons ne purent racheter, fut plafonné puis sur-imprimé, et changea à un nouveau billet pour quatre anciens. Le huizi partit d’une question de capital, fut fixé à dix millions de cordes par émission, et finit à un plafond de trente millions avec une corde valant quatre cents sapèques ou moins. Le carnet ajoute la corde courte et le prix des marchandises, et s’arrête à « les marchandises montèrent de prix et la corde fondit ». Aucune page n’explique l’autre, et aucune ne le dit ; elles sont imprimées côte à côte ici, et non jointes.

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Sources et lectures complémentaires

  1. 《宋史》卷一百八十一·食货志下三(元脱脱等撰;维基文库本,页面白文无注,未与中华书局点校本复核) — The Song record of the two notes. Jiaozi: the historian's hedged remark that the method was 'perhaps taken from the flying money of the Tang'; Zhang Yong in Sichuan, troubled by heavy iron cash, setting up a contract system of one note to one string, exchanged every three years; sixty-five years and twenty-two issues managed by sixteen rich households; their decline and the litigation; the transport commissioners' request for the Yizhou office, granted by Renzong, with the issue capped at 1,256,340 strings; two issues running at once from the Xining period; penalties for forgery and for privately making note paper; the increases after Shaosheng; the change to money-notes and the new note set at a quarter of the old. Huizi: guanzi in Shaoxing, the argument that the government had no capital of its own, the Qiandao settlement of a three-year issue capped at ten million strings with a service charge of twenty cash a note, the three-quarters cash rule, the Chunxi figures, the extensions of issues, the Qingyuan ceiling of thirty million, and the Jiading value of a string at four hundred iron cash or less.
  2. 《梦粱录》卷十三·都市钱会(南宋吴自牧撰;维基文库本,未与点校本复核) — A late-Southern-Song notebook on the capital, not an administrative record: the city's short string formerly at seventy-seven, cut by the people to fifty; huizi of issues fifteen to eighteen in use; in the Xianchun period the chancellor Jia Sidao creating gold-and-silver guanzi at three strings of the eighteenth issue to one guanzi; the author's report that after this goods rose in price and the short string collapsed; and the casting of lead tally-placards in Hangzhou when the coin law failed.