Guo Pu, de style Jingchun, était de Wenxi dans le Hedong. Les deux pages le montrent différemment : le Livre des Jin donne une vie complète, de son maître à ses charges et à sa mort ; le Nouveau Recueil de contes du monde, dans son chapitre sur les savoirs techniques, donne quelques anecdotes, courtes et pleines de dialogue. Aucune n’est de ses contemporains — la vie fut compilée au début des Tang, les anecdotes sous les Liu Song — et le commentaire de Liu Xiaobiao cite la Biographie séparée et un ancien Livre des Jin. Cet article garde la vie, les anecdotes et les notes citées en trois couches.

D’où cela venait

La vie commence par le savoir : 璞好經術,博學有高才,而訥於言論,詞賦為中興之冠。好古文奇字,妙於陰陽算曆 — il aimait les classiques, vaste de savoir et haut de talent, lent à parler, premier dans les lettres de la restauration, ami des graphies anciennes et habile au yin-yang et au calcul calendaire. La transmission a des noms : 有郭公者,客居河東,精于卜筮,璞從之受業。公以《青囊中書》九卷與之,由是遂洞五行、天文、卜筮之術,攘災轉禍,通致無方,雖京房、管輅不能過也 — un maître Guo, vivant à Hedong et expert en divination, le prit pour élève et lui donna les neuf rouleaux du Qingnang zhongshu, après quoi il pénétra les cinq phases, l’astronomie et la divination, détournant les désastres et changeant le malheur, si bien que même Jing Fang et Guan Lu ne le surpassaient pas. Le livre fut perdu : 璞門人趙載嘗竊《青襄書》,未及讀,而為火所焚 — son élève Zhao Zai le vola et le fit brûler avant de le lire (la page écrit 青囊 ici et 青襄 là, et les deux sont donnés).

Pourquoi il partit vers le sud est raconté deux fois. La vie : 惠懷之際,河東先擾。璞筮之,投策而歎曰:「嗟乎!黔黎將湮於異類,桑梓其翦為龍荒乎!」 — sous les troubles de Hui et Huai, le Hedong fut troublé le premier ; il tira, jeta les tiges et soupira : hélas, le peuple va sombrer chez les barbares et la patrie sera taillée en friche de dragons. La note du Nouveau Recueil cite la Biographie séparée : 璞少好經術,明解卜筮。永嘉中,海內將亂,璞投策歎曰:「黔黎將同異類矣!」便結親暱十餘家,南渡江,居於暨陽 — une douzaine de maisons contre plusieurs dizaines, et les deux chiffres sont imprimés côte à côte.

Le cheval et les haricots

Le premier cas est un cheval. Le fin cheval du général Zhao Gu était mort et il ne recevait personne ; Guo Pu vint à la porte et dit 吾能活馬, je peux ranimer le cheval. Sa méthode : 得健夫二三十人,皆持長竿,東行三十里,有丘林社廟者,便以竿打拍,當得一物,宜急持歸。得此,馬活矣 — prenez vingt ou trente hommes robustes avec de longues perches, allez trente li à l’est, et là où il y a un bois avec un sanctuaire frappez les buissons ; vous obtiendrez une chose, rapportez-la vite, et le cheval vivra. Ils le firent : 果得一物似猴,持歸。此物見死馬,便噓吸其鼻。頃之馬起,奮迅嘶鳴,食如常,不復見向物 — ils eurent une chose comme un singe ; voyant le cheval mort, elle souffla dans ses narines, et le cheval se leva, rua, hennit et mangea comme à l’ordinaire, et la créature ne fut plus revue. Les hommes, la distance et les gestes sont donnés tels quels ; aucune pharmacologie n’est fournie.

Le second cas, ce sont des haricots. À Lujiang le gouverneur Hu Mengkang avait été appelé à la capitale et ne voulait pas passer le fleuve ; Guo Pu tira pour lui, dit 敗, défaite, et ne fut pas cru. Voulant partir, et 愛主人婢,無由而得 — épris de la servante de son hôte sans moyen de l’obtenir — 乃取小豆三斗,繞主人宅散之 : il prit trois dou de petits haricots et les sema autour de la maison. Au matin 主人晨見赤衣人數千圍其家,就視則滅 — le maître vit des milliers de figures en robe rouge entourer la maison, et s’approcha : elles disparurent. Il demanda un tirage ; Guo Pu dit 君家不宜畜此婢,可于東南二十里賣之,慎勿爭價,則此妖可除也 — cette maison ne doit pas garder cette servante ; vendez-la vingt li au sud-est, ne marchandez pas, et le prodige cessera. Le maître obéit ; Guo Pu 陰令人賤買此婢 la fit acheter en secret à bas prix, puis jeta un talisman dans le puits et 數千赤衣人皆反縛,一一自投于井 — les milliers de figures rouges se lièrent elles-mêmes et se jetèrent dans le puits. Il partit avec la servante, 後數旬而廬江陷, et des semaines plus tard Lujiang tomba.

Le rat-âne

À Xuancheng le gouverneur Yin You le prit comme officier d’état-major. Une créature vint au pied de la muraille : 大如水牛,灰色卑腳,腳類象,胸前尾上皆白,大力而遲鈍 — grande comme un buffle, grise, à pattes basses, pieds comme ceux d’un éléphant, blanche sur la poitrine et la queue, forte et lente. On la captura, et Guo Pu tira, obtenant Dun changeant en Gu. Le texte de l’hexagramme est rimé : 《艮》體連《乾》,其物壯巨。山潛之畜,匪兕匪武。身與鬼並,精見二午。法當為禽,兩靈不許。遂被一創,還其本墅。按卦名之,是為驢鼠 — et selon le nom du tirage, c’est un rat-âne. Puis les hommes en embuscade le frappèrent d’une hallebarde 深尺餘,遂去不復見, de plus d’un pied de profondeur, et il partit et ne fut plus revu. La commanderie le rapporta et demanda la permission de le tuer ; un médium transmit les paroles du dieu du sanctuaire : 此是䢼亭驢山君鼠,使詣荊山,暫來過我,不須觸之 — c’est le rat du seigneur de la montagne des ânes du Pavillon Qiong, en route vers le mont Jing, de passage ; ne le touchez pas.

La vie donne aussi sa situation : 璞既好卜筮,縉紳多笑之 — comme il aimait la divination, les notables se moquaient de lui. Et 性輕易,不修威儀,嗜酒好色,時或過度 — d’humeur légère, négligent de la dignité, aimant le vin et les femmes, parfois à l’excès ; le directeur des écrits Gan Bao l’avertit, et il répondit 吾所受有本限,用之恆恐不得盡,卿乃憂酒色之為患乎 — ce que j’ai reçu a sa limite, et je crains seulement de ne pas l’user tout ; pourquoi vous soucier du vin et des femmes ? Ce sont les mots de la vie, non un cas.

Le malheur de tonnerre

Le cas le plus net de la vie est Wang Dao. Wang Dao l’estimait et 引參己軍事 le prit à son état-major ; 嘗令作卦,璞言:「公有震厄,可命駕西出數十里,得一柏樹,截斷如身長,置常寢處,災當可消矣。」導從其言。數日果震,柏樹粉碎 — il tira, dit que le duc avait un malheur de tonnerre, lui dit d’aller en voiture plusieurs dizaines de li à l’ouest, de trouver un cyprès, de le couper à sa propre hauteur et de le mettre où il dormait ; le duc le fit, et quelques jours plus tard le tonnerre vint et brisa le cyprès.

Le Nouveau Recueil le donne avec dialogue : 王丞相令郭璞試作一卦,卦成,郭意色甚惡,云:「公有震厄!」王問:「有可消伏理不?」郭曰:「命駕西出數里,得一柏樹,截斷如公長,置床上常寢處,災可消矣。」王從其語。數日中,果震柏粉碎,子弟皆稱慶 — plusieurs li contre plusieurs dizaines ; les deux sont posés côte à côte. Le commentaire cite le Livre des Jin de Wang Yin : 璞消災轉禍,扶厄擇勝,時人咸言京、管不及 — il détournait les désastres et changeait le malheur, et les gens disaient que Jing Fang et Guan Lu ne l’égalaient pas — opinion citée, non verdict de la vie ; et il ajoute le mot du général 君乃復委罪於樹木, ainsi tu rejettes la faute sur un arbre.

L’oreille du dragon, la tombe et la fin

Une autre anecdote a pour tête l’empereur Ming des Jin : 晉明帝解占塚宅,聞郭璞為人葬,帝微服往看。因問主人:「何以葬龍角?此法當滅族!」主人曰:「郭云:此葬龍耳,不出三年,當致天子。」帝問:「為是出天子邪?」答曰:「非出天子,能致天子問耳。」 — l’empereur, qui lisait les tombes, alla en habit de ville voir une tombe que Guo Pu avait choisie, demanda pourquoi elle était placée sur la corne du dragon, ce qui devrait détruire le clan, et on lui dit que Guo l’appelait l’oreille du dragon et que dans les trois ans elle amènerait le Fils du Ciel ; en produirait-elle un ? Non — elle amènerait le Fils du Ciel à venir demander. Guo Pu n’apparaît jamais ; tout le ressort tient à un caractère, corne ou oreille.

Il y a aussi sa propre tombe : 郭景純過江,居于暨陽,墓去水不盈百步,時人以為近水。景純曰:「將當為陸。」今沙漲,去墓數十里皆為桑田。其詩曰:「北阜烈烈,巨海混混;壘壘三墳,唯母與昆。」 — sa tombe était à moins de cent pas de l’eau et on la trouvait trop proche ; il dit qu’elle deviendrait terre ferme ; du temps du compilateur le sable avait comblé et sur des dizaines de li autour de la tombe c’étaient des mûriers ; et son poème sur les trois tombes est cité. Le « maintenant » est celui du compilateur, non de Guo Pu ; les dizaines de li sont données telles quelles.

Ce que les deux pages donnent, ce sont des histoires, non une méthode : comment un tirage se faisait, comment les tiges se disposaient, comment les figures se lisaient — rien de tout cela n’y est, et rien n’est suppléé (c’est un autre article). Les nombres — vingt ou trente hommes, trente li, trois dou, vingt li, plus d’un pied, moins de cent pas — restent tels quels, non convertis. Aucun verdict sur la superstition ou la science, et Guo Pu n’est pas fait prophète : dans ces pages c’est un homme savant, bègue, buveur, dont les notables riaient qu’il aimât la divination, laissant une série de cas avec noms et lieux.

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Sources et lectures complémentaires

  1. 《世说新语·术解》(南朝宋刘义庆撰,刘孝标注;维基文库本,页面白文夹注,未与中华书局点校本复核) — Four anecdotes about Guo Pu: he wept over the death of Chen Shu and called out 'how do you know it is not a blessing?', and the general's rebellion followed; Emperor Ming of Jin, who read grave-sites, went in disguise to see a grave Guo Pu had sited and asked why it was placed on the dragon's horn, which should destroy the clan — the owner said Guo called it the dragon's ear, and that within three years it would bring the Son of Heaven; the emperor asked whether it would produce one, and was told it would bring the Son of Heaven to ask. Guo's own grave at Jiyang stood less than a hundred paces from the water, and he said it would become dry land, which it did, with his poem on the three graves quoted. And Wang Dao's divination: Guo's face fell, he said the duke had a thunder calamity, had him fetch a cypress west of the city and cut it to his height; the tree was shattered by lightning. The commentary quotes the Separate Biography for his early mastery of divination and his move south.
  2. 《晋书》卷七十二·郭璞传(唐房玄龄等撰;维基文库本,页面白文无注,未与中华书局点校本复核) — The official life: Guo Pu of Wenxi in Hedong, master of the classics, broad learning, slow of speech, first in letters of the revival, devoted to ancient graphs and skilled in yin-yang and calendrical calculation; he studied divination under a Master Guo, who gave him the nine scrolls of the Qingnang zhongshu, and his pupil Zhao Zai stole the book and had it burned before reading it. Then the cases: he tells General Zhao Gu he can revive his dead horse, sending thirty men east with long poles to beat a thing like a monkey out of a grove shrine, which breathes into the horse's nose and revives it; at Lujiang he scatters three dou of small beans around a house to make a thousand red-coated figures, so that the owner sells him the maid he wanted, and the commandery falls weeks later; at Xuancheng he casts on a beast like a water buffalo and names it the 'donkey-rat', with the hexagram text quoted; and he tells Wang Dao he has a thunder calamity, has a cypress cut to his height, and the tree is shattered by lightning. The life also says gentlemen laughed at his fondness for divination, and records Gan Bao's warning about his drinking and women and his answer.