Xiang Yu était mort, et l'avis de recherche fut publié : mille en or pour Ji Bu et, pour quiconque le cacherait, une faute atteignant les trois clans. Le Hanshu retire un caractère — 罪三族 pour 罪及三族. 購求 et 舍匿, offrir une récompense pour la capture d'un homme et héberger un fugitif, sont toute la mécanique : un prix sur l'homme, un crime pour la maison qui le reçoit. L'avis ne nomme que deux choses — l'argent, et la parenté qu'atteint la faute. La page donne la phrase, et aucun texte de loi.

L'avis : mille en or

Ji Bu était homme de Chu, 爲氣任俠,有名於楚 — une nature chevaleresque, un nom dans le Chu ; le Hanshu a 為任俠有名. Il mena des troupes pour Xiang Yu et 數窘漢王, plusieurs fois mit le roi de Han aux abois : six caractères, et c'est là que la dette commence. Deux livres lui donnent une courte notice ; ensuite il est mû par d'autres hommes.

Première cache : la famille Zhou

Il se cacha d'abord chez les Zhou de Puyang. Zhou parla net : 漢購將軍急,跡且至臣家 — la chasse est pressante et la trace atteindra ma maison. Puis il posa le choix : 將軍能聽臣,臣敢獻計;即不能,願先自剄 — si tu peux écouter, j'ose offrir un plan ; sinon, je me coupe la gorge d'abord. Ce n'est pas exactement une menace ; cela met la décision à sa place et engage sa propre vie. 季布許之. Le Hanshu a 求 pour 購, 進計 pour 獻計, 否 pour 不能.

Seconde cache : rasé, collier, vendu

Puis on passa à l'acte : 乃髡鉗季布,衣褐衣,置廣柳車中,并與其家僮數十人,之魯朱家所賣之 — raser Ji Bu et lui mettre le collier, le vêtir d'étoffe grossière, le placer dans une charrette à large dais et, avec ses dizaines de serviteurs de maison, aller le vendre chez Zhu Jia à Lu. 髡鉗 se lit généralement comme raser la tête et mettre un anneau de fer au cou ; 褐衣, l'étoffe grossière ; 廣柳車, une charrette à large dais ; 家僮, des serviteurs de maison. Les noms sont pénaux (généralement), et le déguisement est bâti avec des marques pénales. La page ne donne que les noms, ni forme ni procédure, et rien n'est ajouté ici.

Zhu Jia 心知是季布,乃買而置之田 — il savait au fond du cœur, l'acheta et le mit aux champs ; le Hanshu a 心知其季布也,買置田舍. Puis la phrase que le Hanshu supprime : 誡其子曰:田事聽此奴,必與同食 — il instruisit son fils : pour les travaux des champs, écouter cet esclave, et manger avec lui. Zhu Jia ne dit jamais qui était l'homme ; une phrase de maison lui donna une place à la table familiale. Du moment où il accepte le plan de Zhou jusqu'à la grâce, Ji Bu ne dit rien dans le récit : l'homme qu'on sauve est celui qui ne parle pas.

Vers Luoyang : rien dit tout haut

Zhu Jia 乃乘軺車之洛陽,見汝陰侯滕公 — monta une voiture légère jusqu'à Luoyang voir Teng Gong, marquis de Ruyin ; le Hanshu n'a que 乃之雒陽. Le Shiji ajoute 滕公留朱家飲數日 — Teng Gong le retint à boire plusieurs jours ; le Hanshu n'a que 說曰. Zhu Jia roule, Teng Gong le retient, et alors seulement la question vient.

Il commença par l'affaire : 季布何大罪,而上求之急也?. Teng Gong répondit que Ji Bu avait plusieurs fois pressé l'empereur et que l'empereur le haïssait. Le Shiji ajoute un échange : 君視季布何如人也? — quel homme tiens-tu Ji Bu pour être ? — 賢者也. Trois caractères, et c'est l'attitude de Teng Gong, une estime privée donnée avant tout argument. Le Hanshu coupe les deux et va droit à l'argument.

L'argument a trois couches. D'abord : 臣各爲其主用,季布爲項籍用,職耳 — chacun sert son propre maître ; Ji Bu servit Xiang Yu, c'était son office. 職耳 n'est pas une prétention d'innocence mais de compétence : il a fait ce à quoi servait un serviteur de Xiang Yu. 項氏臣可盡誅邪? Ensuite : 獨以己之私怨求一人,何示天下之不廣也 — rechercher un homme pour son seul ressentiment privé, quelle étroitesse montrer au monde. Enfin : un tel homme 不北走胡即南走越耳, et 忌壯士以資敵國 est ce qui jadis fit fouetter la tombe du roi Ping de Chu par Wu Zixu. Puis la prière : 君何不從容爲上言邪? — parler à l'empereur à loisir ; 從容, ne pas se hâter.

Teng Gong 心知朱家大俠,意季布匿其所 — il savait au fond du cœur que Zhu Jia était un 大俠, et devina que Ji Bu était caché chez lui. Le mot de la page est 大俠 ; il est cité ici et aucune autre étiquette n'est ajoutée. Zhou sait, Zhu Jia sait, Teng Gong 心知 et devine : trois hommes qui ne disent jamais le nom, et sur cela l'identité survit. Il dit oui, attendit une ouverture (待閒 ; le Hanshu a 侍間), et 果言如朱家指 — il parla comme Zhu Jia l'avait indiqué. L'empereur gracia Ji Bu. Les hommes le tinrent pour capable de 諸公皆多季布能摧剛爲柔 — de changer la dureté en douceur — et 朱家亦以此名聞當世 ; Ji Bu fut reçu, s'excusa et fut fait 郎中, un gentilhomme de cour (généralement).

Ensuite, et ce que le Hanshu a retranché

Trois moments ultérieurs. Sous l'impératrice Lü, Fan Kuai offrit cent mille hommes pour chevaucher chez les Xiongnu ; Ji Bu dit en cour 樊噲可斬也, parce que 髙帝將兵四十餘萬衆,困於平城 — le Hanshu a 三十餘萬 et ajoute 噲時亦在其中 ; le Shiji continue 面欺 et 面諛 — tromper la cour en face et la flatter — là où le Hanshu a 面謾. Sous l'empereur Wen, il fut appelé au poste de censeur impérial puis écarté après qu'on eut dit 使酒難近 ; il répondit 陛下以一人之譽而召臣,一人之毀而去臣.

Troisièmement, le proverbe : le Shiji a 得黃金百(斤),不如得季布一諾, le Hanshu 得黃金百,不如得季布諾 ; le (斤) de la page du Shiji est un ajout éditorial, non le texte. Ces deux chapitres vont à l'inverse de l'article sur Guan Fu : ici le Shiji est plus complet, et ce que le Hanshu retranche, c'est justement l'instruction au fils, la voiture et les jours de beuverie, et 賢者也. Autres variantes, tenues côte à côte : 趙同 / 趙談 (généralement, le Shiji évite 談 par tabou), 袁絲 / 爰絲 (généralement le même homme). Pour la forme, le juan 100 du Shiji est une biographie conjointe de Ji Bu et Luan Bu ; le juan 37 du Hanshu y ajoute Tian Shu.

Les deux chapitres finissent sur un verdict à la même question. Le 太史公曰 du Shiji dit qu'il subit le châtiment et vécut comme l'esclave d'un autre, 何其下也, puis : 彼必自負其材,故受辱而不羞,欲有所用其未足也 — il portait sans doute lui-même son talent, aussi supporta-t-il la honte sans en rougir, voulant employer ce qui n'avait pas encore servi. Le 贊曰 du Hanshu pose la question plus directement : 及至困厄奴僇,苟活而不變,何也? — deux historiens demandant pourquoi il endura : des verdicts, non des faits. Ce site a traité des chevaliers errants, de l'esclavage comme institution et des fondateurs des Han ; cet article ne suit que la ligne de l'avis aux deux cachettes, à un argument, à la grâce.

À lire aussi:Les chevaliers errants : Zhu Jia, Ju Meng et Guo Jie · Champs royaux et dépendants privés : esclaves et deux édits sous les Han · Tuerie de chiens, vente d'étoffe, flûte aux funérailles : ce que faisaient les fondateurs des Han

Sources et lectures complémentaires

  1. 《史記》卷一百·季布欒布列傳第四十(西漢司馬遷撰;維基文庫本,繁體白文,頁頭未標 textquality,未與中華書局點校本複核) — The fuller of the two texts, and its extra detail is the heart of the episode. Ji Bu was a man of Chu, 爲氣任俠,有名於楚, who served Xiang Yu and 數窘漢王. When Xiang Yu fell, Gaozu 購求布千金 and made sheltering him 罪及三族. He hid with 濮陽周氏, who said the hunt would reach his house and that Ji Bu must either listen or watch him cut his own throat; then 髡鉗季布,衣褐衣,置廣柳車中, mixed with several tens of household servants, and was sold to the Zhu family of Lu. 朱家心知是季布,乃買而置之田, and — the sentence the Han shu drops — 誡其子曰:田事聽此奴,必與同食. Zhu Jia then 乘軺車之洛陽, 滕公留朱家飲數日, asked 季布何大罪 and 君視季布何如人也 (answer 賢者也), and argued: 臣各爲其主用,季布爲項籍用,職耳; 項氏臣可盡誅邪; 獨以己之私怨求一人,何示天下之不廣也; 此不北走胡即南走越耳; 忌壯士以資敵國; 君何不從容爲上言邪. 滕公心知朱家大俠,意季布匿其所, 待閒, 果言如朱家指, and 上乃赦季布. The page's own verdict: 諸公皆多季布能摧剛爲柔,朱家亦以此名聞當世 — and in 太史公曰, 然至被刑戮,爲人奴而不死,何其下也, 彼必自負其材,故受辱而不羞,欲有所用其未足也. Later sections supply the Fan Kuai numbers (四十餘萬衆), 面欺/面諛, 一人之譽/一人之毀, the proverb 得黃金百(斤),不如得季布一諾 (the (斤) is an editorial mark on the page), and the variants 趙同 and 袁絲.
  2. 《漢書》卷三十七·季布欒布田叔傳第七(東漢班固撰;維基文庫本,繁體白文,頁頭未標 textquality,未與中華書局點校本複核) — The same episode cut shorter — the opposite direction from the Guan Fu article, where the Han shu was the fuller text. Ban Gu drops three things the Shiji has: 誡其子曰:田事聽此奴,必與同食 (he has only 買置田舍); 乘軺車 and 滕公留朱家飲數日 (he has 乃之雒陽 and 說曰); and the exchange 君視季布何如人也/賢者也. Kept: 罪三族 (no 及), 漢求將軍急, 臣敢進計, 即否, 乃髡鉗布,衣褐, 朱家心知其季布也,買置田舍, 臣各為其主用,職耳, 而以私怨求一人,何示不廣也, 滕公…乃許諾。侍間,果言如朱家指, 上乃赦布. The proverb is 得黃金百,不如得季布諾 (no 一). Later: Fan Kuai's numbers 三十餘萬 with 噲時亦在其中, 面謾 for 面欺; the taboo variant 趙談 for 趙同; 爰絲 for 袁絲. The chapter's 贊曰 asks the same question as the Shiji's 太史公曰 in other words: 及至困厄奴僇,苟活而不變,何也?