Commençons par la phrase où le combat s'arrête : « Han aussi retira ses troupes et envoya Liu Jing conclure le traité de heqin » (使劉敬結和親之約). L'armée rentre, et un contrat prend sa place. Cet article n'écrit que les documents de ce contrat et ses présents annuels : trois choses — une fille du clan, le tribut annuel, un pacte de frères — et quelques lettres, avec les nombres qu'elles donnent et ceux qu'elles taisent.
I. Une fille, un tribut, des frères
Les deux histoires donnent les clauses, en mots différents. Le Shiji : « l'Empereur fondateur envoya Liu Jing offrir une fille du clan impérial, princesse (公主), pour être l'épouse du Shanyu, et chaque année offrir aux Xiongnu des quantités fixes de bourre de soie, de soie façonnée, de vin, de grain et de nourriture, en convenant d'être frères dans le heqin, et Maodun se calma » (歲奉匈奴絮繒酒米食物各有數). Le Hanshu (le traité des Han) : « une fille du clan impérial, une wengzhu (翁主), pour être l'épouse du Shanyu, avec des présents annuels fixes de bourre de soie, de soie façonnée, de vin et de nourriture, en convenant d'être frères dans le heqin » (奉宗室女翁主為單于閼氏,歲奉匈奴絮繒酒食物各有數). 公主 ou 翁主, 昆弟 ou 兄弟, 酒米食物 ou 酒食物 : trois écarts, côte à côte, recopiés sans être unifiés. Les mots décisifs sont 「各有數」, « chacune selon son nombre » : le tribut comporte bourre de soie, soie façonnée, vin et grain, et aucune des deux pages n'en donne le chiffre.
Et il faut suivre qui prononce le mot. « Heqin » est le mot de la cour des Han : c'est elle qui « envoya Liu Jing conclure le traité de heqin », c'est elle qui « le permit » (許之). Les lettres du côté xiongnu n'emploient pas ce mot : elles disent 「復故約」, « rétablir l'ancien accord », et 「稱書意」, « répondre à l'intention de la lettre » ; ces formules sont citées plus bas, à leur place. Cet article ne se sert pas du vocabulaire d'un côté pour définir l'autre.
II. La lettre de Maodun et la réponse de l'impératrice
Après la mort de l'Empereur fondateur, Maodun (冒頓) écrivit. Le Shiji ne donne que le fait — « Maodun rédigea une lettre et l'envoya à l'impératrice Gao, avec des propos insensés » — et aucun texte ; le Hanshu donne le texte : « souverain solitaire et grossier, né dans les marais, grandi dans les plaines à bœufs et à chevaux… Votre Majesté est seule ; moi, grossier, je vis seul. Deux maîtres sans joie : échangeons ce que nous avons contre ce qui nous manque » (孤僨之君……願以所有,易其所無). 「妄言」, « propos insensés », est un commentaire du Hanshu, et il est marqué ici comme commentaire, non comme le texte de la lettre.
L'impératrice Gao fut furieuse et voulut faire décapiter l'envoyé. Fan Kuai offrit cent mille hommes pour chevaucher à travers les Xiongnu ; Jibu dit qu'il méritait d'être décapité, et rappela Pingcheng : l'armée des Han comptait trois cent vingt mille hommes, Fan Kuai en était le général, et il ne put rompre le siège. Le monde chantait : « Sous Pingcheng, vraiment ce fut amer ! Sept jours sans manger, impossible de bander l'arbalète » (平城之下亦誠苦!七日不食,不能彀弩). Le chant n'a pas cessé, les blessés se relèvent à peine, et il voudrait ébranler le monde par une vantardise — 「面謾」, un mensonge dit en face. Et encore : « les Yi et les Di sont comme oiseaux et bêtes : leurs bonnes paroles ne valent pas la joie, leurs mauvaises paroles ne valent pas la colère ». L'impératrice dit : « Bien. »
La réponse est citée en entier : « Le Shanyu n'a pas oublié notre pauvre domaine et nous a envoyé une lettre ; notre pauvre domaine est effrayé… je suis vieille, le souffle faiblit, cheveux et dents tombent, le pas est mal assuré (髮齒墮落,行步失度) ; le Shanyu a trop écouté. Notre pauvre domaine est sans offense et devrait être pardonné. J'ai en privé deux voitures et deux attelages de quatre chevaux, pour servir votre voiture habituelle » (竊有御車二乘,馬二駟,以奉常駕). Maodun reçut la lettre, s'excusa — « nous n'avons jamais entendu parler des rites du Royaume du Milieu » — offrit des chevaux, « et ainsi le heqin fut fait ».
III. L'empereur Wen reprend l'affaire
À l'avènement de l'empereur Wen, « l'affaire du heqin fut reprise » (復修和親之事). La troisième année, le Roi Vertueux de Droite s'installa dans les terres au sud du Fleuve Jaune ; l'édit disait que Han et les Xiongnu « avaient convenu d'être frères, de ne pas nuire à leurs frontières, et que ce qui avait été envoyé aux Xiongnu était très généreux » (輸遺匈奴甚厚), et une armée le chassa. L'année suivante, le Shanyu écrivit : « le grand Shanyu des Xiongnu, établi par le Ciel, demande des nouvelles de la santé de l'empereur. Autrefois l'empereur parla de heqin, et la lettre répondit à l'intention… laissons le passé et rétablissons l'ancien accord » (復故約), avec un chameau, deux chevaux de selle et deux attelages (獻橐他一匹,騎馬二匹,駕二駟). La cour débattit « s'il fallait attaquer ou garder le heqin » ; les ministres dirent « le heqin est très commode », et Han « le permit » (許之).
IV. Une lettre, et ses deux longueurs de tablette
La sixième année de l'empereur Wen, Han envoya une lettre commençant par « l'empereur demande respectueusement des nouvelles de la santé du grand Shanyu » (皇帝敬問匈奴大單于無恙), disant que Han et les Xiongnu avaient convenu d'être frères et que ce qui avait été envoyé était très généreux, et finissant par une liste de présents : « une robe de soie fine brodée et doublée, une longue jaquette brodée doublée, une robe de brocart doublée, une de chaque ; un peigne ; une ceinture garnie d'or ; une boucle d'or ; dix pi (匹) de broderie ; trente pi de brocart ; quarante pi chacune de soie épaisse écarlate et de soie façonnée verte » (服繡袷綺衣、繡袷長襦、錦袷袍各一,比余一,黃金飾具帶一,黃金胥紕一,繡十匹,錦三十匹,赤綈、綠繒各四十匹). Voici les chiffres. Ils sont recopiés ; rien n'est évalué ni totalisé ; et la liste n'est pas fondue avec le tribut annuel — celui-ci est « chacune selon son nombre » chaque année, celle-là est envoyée une fois avec la lettre.
Le même passage enregistre un second mariage : quand le Shanyu Laoshang arriva au pouvoir, « l'empereur Wen envoya de nouveau une fille du clan impérial comme princesse, et l'eunuque Zhongxing Yue, du Yan, pour être le précepteur de la princesse ». Zhongxing Yue passa aux Xiongnu et dit au Shanyu : « les Xiongnu ne peuvent, par le nombre, égaler une seule commanderie des Han ; ce qui les rend forts, c'est que nourriture et vêtement diffèrent et qu'ils ne dépendent pas des Han (然所以彊者,以衣食異,無仰於漢也). Or le Shanyu aime les marchandises des Han : celles-ci ne font pas deux dixièmes de ce que vous avez, et les Xiongnu seront tous perdus pour les Han. La bourre de soie et la soie façonnée des Han se déchirent quand on galope dans les ronces ; la nourriture des Han ne vaut pas le lait de jument ; jetez tout cela » (得漢繒絮……皆去之). C'est un transfuge qui parle, et cela est marqué comme tel ; mais c'est bien le témoignage de la façon dont la soie et la nourriture des Han étaient vues de l'autre côté.
Une couche de plus est le document lui-même : « quand Han envoyait des lettres au Shanyu, la tablette (牘) mesurait un chi (尺) un cun (寸), et les mots étaient : l'empereur demande respectueusement des nouvelles de la santé du grand Shanyu » (牘以尺一寸). Zhongxing Yue fit écrire le Shanyu sur des tablettes d'un chi deux cun, avec des sceaux larges et grands (印封皆令廣大長), et une formule arrogante (倨傲其辭) : « le grand Shanyu des Xiongnu, né du Ciel et placé par le soleil et la lune, demande des nouvelles de l'empereur des Han » (尺二寸牘).
V. Qui dit « heqin »
Les couches doivent être fixées. Le « heqin » de la cour des Han nomme un ensemble : une fille du clan pour épouse, un tribut annuel, un pacte de frères. Du côté xiongnu, les mots sont « échangeons ce que nous avons contre ce qui nous manque », et « autrefois l'empereur parla de heqin, et la lettre répondit à l'intention » — 「稱書意,合歡」, et il y eut joie —, et « rétablir l'ancien accord » (復故約). La formulation de chaque côté est citée telle quelle, ni fondue ni jugée : cet article ne décide pas qui fut humilié ni qui gagna. Les pages ne donnent pas non plus le chiffre du tribut, le nom de la princesse, l'importance de son escorte, la manière dont les marchandises étaient transportées, ni si les paiements furent jamais faits à temps. Rien n'est fourni, et aucun total n'est calculé. Ce que l'article laisse est concret : une phrase, « conclure le traité de heqin » ; une « fille du clan impérial, une wengzhu » ; un tribut annuel dit « chacune selon son nombre » sans aucun nombre ; une lettre offrant « d'échanger ce que nous avons contre ce qui nous manque » ; une réponse envoyant « deux voitures et deux attelages de quatre chevaux » ; une liste de dix pi de broderie, trente de brocart, quarante chacune de soie épaisse écarlate et de soie façonnée verte ; et deux longueurs de tablette, un chi un cun et un chi deux cun. Les noms, les nombres et les unités sont recopiés ; rien d'autre n'est ajouté.
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Sources et lectures complémentaires
- 司马迁《史记》卷一百十〈匈奴列传〉(维基文库本,未与点校本复核) — The first agreement and its language: after the siege was lifted, 'Han also withdrew its troops, and sent Liu Jing to conclude the treaty of heqin' (使劉敬結和親之約); then 'the Founder sent Liu Jing to present a daughter of the imperial clan as princess to be the Shanyu's wife, and every year to present the Xiongnu fixed amounts of floss silk, patterned silk, wine, grain and food, agreeing to be brothers in heqin, and Maodun accordingly slackened' (歲奉匈奴絮繒酒米食物各有數,約為昆弟以和親,冒頓乃少止). Later, 'Maodun made a letter and sent it to Empress Gao, with outrageous words' (妄言); 'on Emperor Wen's accession the heqin affair was taken up again' (復修和親之事); and the Shanyu's letter to Emperor Wen: 'formerly the emperor spoke of heqin, and the letter matched the intent and made joy' (前時皇帝言和親事,稱書意,合歡). It also gives the letter Emperor Wen sent in the sixth year with its gift list, and the detail that Han letters were written on boards one foot one inch long while the Shanyu's were made a foot two inches (尺一寸/尺二寸).
- 《汉书》卷九十四上〈匈奴传〉(维基文库本,未与点校本复核) — The parallel account, with its own wording: 'Liu Jing was sent to present a daughter of the imperial clan, a wengzhu, as the Shanyu's wife, with fixed annual presents of floss silk, patterned silk, wine and food, agreeing to be brothers in heqin' (奉宗室女翁主為單于閼氏,歲奉匈奴絮繒酒食物各有數,約為兄弟以和親). It gives Maodun's letter to Empress Gao in full — 'a lone and uncouth ruler, born in the marshes, grown in the wilds of cattle and horses… let us exchange what we have for what we lack' (孤僨之君……願以所有,易其所無) — Empress Gao's council, Fan Kuai's boast of a hundred thousand, Jibu's retort with the soldiers' song 'below Pingcheng it was truly bitter; for seven days we did not eat, we could not draw the crossbow' (平城之下亦誠苦!七日不食,不能彀弩), and Empress Gao's reply with 'two carriages and two teams of four horses to serve your usual driving'. Its numbers for the annual presents are not given either — 'fixed amounts' (各有數) only.




