Deux phrases mises côte à côte font presque un distique. L'une est un dessin : « Le maître d'œuvre établit la capitale : neuf li de côté, trois portes sur chaque face » (匠人营国,方九里,旁三门). L'autre est une interdiction : « Si une capitale secondaire dépasse cent zhi, c'est un malheur pour l'État » (都城过百雉,国之害也). La première dit comment une ville doit être disposée ; la seconde dit quelle taille une ville ne doit pas atteindre. Aucune des deux ne mesure une ville en particulier — c'est ce qu'on oublie le plus volontiers en les lisant.
Un plan de neuf li de côté
Le Kaogong ji (考工记), dans les Rites des Zhou, donne tout un programme d'aménagement de la capitale : « neuf li de côté, trois portes sur chaque face ; dans la ville, neuf avenues nord-sud et neuf avenues est-ouest, les avenues principales larges de neuf voies de char ; le temple des ancêtres à gauche, les autels du sol et des grains à droite, la cour devant et le marché derrière, le marché et la cour chacun un fu » (方九里,旁三门。国中九经九纬,经涂九轨。左祖右社,前朝后市,市朝一夫). Les nombres, les portes, les routes, le temple et les autels, la cour et le marché : tout est réglé par la position. Chaque élément y est défini par sa place — le nombre des portes, la trame des avenues, la largeur de la voie principale en voies de char, le temple des ancêtres et les autels du sol et des grains, la cour et le marché. Rien dans cette phrase n'est une dimension relevée sur un site : c'est la spécification d'une ville à bâtir.
Le même chapitre, aussitôt après, répartit les rangs selon le zhi : « L'écran de porte du palais royal est de cinq zhi ; l'angle du palais, de sept ; l'angle de la ville, de neuf » (王宫门阿之制五雉,宫隅之制七雉,城隅之制九雉). Et plus loin : « La norme de l'écran de porte servira pour les murailles des capitales secondaires ; celle de l'angle du palais, pour les murailles des seigneurs » (门阿之制,以为都城之制。宫隅之制,以为诸侯之城制). Dans ce texte, la taille d'une ville n'est pas une question d'ingénierie : c'est une question de rang.
Une interdiction de cent zhi
Le Zuo zhuan (左传), à la première année du duc Yin, montre l'autre face. Le duc Zhuang de Zheng a installé son frère cadet Duan (共叔段) à Jing (京), et Zhai Zhong (祭仲) met en garde : « Si une capitale secondaire dépasse cent zhi, c'est un malheur pour l'État. Selon la règle des anciens rois, les grandes capitales secondaires ne dépassent pas le tiers de la capitale, les moyennes un cinquième, les petites un neuvième. Or Jing est hors de mesure, contraire à la règle : vous ne pourrez le supporter » (都城过百雉,国之害也。先王之制:大都不过参国之一,中五之一,小九之一。今京不度,非制也,君将不堪). La suite, le Zuo zhuan la raconte : Duan agrandit son domaine, lève des troupes, et finit par fuir.
On lit souvent ce passage comme un code de l'urbanisme des Zhou ; c'est en réalité un conseil sur une ville et un État précis. L'objet est une capitale secondaire de Zheng, le levier est la ligne des cent zhi, la conclusion est que le duc ne pourra le supporter. Que « le tiers de la capitale » mesure la longueur d'un mur ou le tour d'une enceinte, les commentateurs l'expliquent et le texte, lui, ne le dit pas ; cet article garde les proportions telles quelles, ne les convertit pas en superficie, et ne calcule pas la taille de Jing — le matériau ne la donne jamais.
Ce qu'était un zhi
Le zhi est une unité pour les murailles. Les Entretiens de la famille de Confucius (孔子家语), au premier chapitre, contiennent la phrase « une ville n'a pas de mur de cent zhi » (邑无百雉之城), et une vieille glose décompose l'unité : « Un mur haut d'un zhang et long d'un zhang s'appelle un du ; trois du font un zhi » (高丈、长丈,曰堵。三堵,曰雉) — autrement dit, un zhi de mur mesure trois zhang de long et un zhang de haut. Cet article cite la glose au niveau du zhang et ne va pas plus loin : la longueur d'un pied Zhou, et le nombre de mètres que valait un zhi, sont une autre question ; sur ce point, les sources ne donnent aucune réponse. Le même mot désigne encore, dans le Kaogong ji, une hauteur et non une longueur : écran de porte, angle du palais, angle de la ville. Une unité qui mesure indifféremment la longueur d'un mur ou la hauteur d'un bâtiment est bien le genre d'unité qu'affectionne un texte rituel : elle classe plus qu'elle ne mesure.
Lus ensemble, les deux textes montrent le même mot à deux emplois. Le Kaogong ji emploie le zhi pour la hauteur de l'écran de porte, de l'angle du palais et de l'angle de la ville : une hiérarchie de la construction. Le Zuo zhuan retient les cent zhi comme limite à la muraille d'une capitale secondaire : une ligne rouge pour gouverner. Un seul vocabulaire de mesure, un usage pour le plan et un pour le contrôle des hommes. C'est ce double emploi qui interdit de fondre les deux passages en un « code urbain des Zhou » : l'un est le dessin d'un concepteur, l'autre l'avertissement d'un courtisan.
Des règles, pas des relevés
Il faut dire trois choses. D'abord, « neuf li de côté » est un programme d'aménagement de la capitale, non le relevé d'une ville : le texte fixe forme, portes, trame viaire, temple, autels, cour et marché, et ne prétend à aucun moment qu'une ville donnée fut bâtie ainsi. Ensuite, « cent zhi » est un seuil dans une interdiction, non la muraille mesurée d'une cité quelconque. Enfin, aucun des deux passages ne contient une seule mesure prise sur le terrain : pas de site, pas de terre damée, pas de mur qu'on aurait mesuré. Ce que ces textes répondent, c'est « quelle taille doit-elle avoir » et « jusqu'où n'a-t-elle pas le droit d'aller », non « quelle taille avait-elle ». Pour la dernière question, il faut aller aux murailles elles-mêmes : un site mesuré comme Linzi (临淄) est une autre route, traitée dans un autre article. Les deux routes ne peuvent pas répondre l'une pour l'autre, et les neuf li du Kaogong ji ne peuvent servir de preuve archéologique pour aucune ville. Cette absence n'est pas un accident de transmission : un livre rituel et une anecdote politique ne sont tout simplement pas des genres où l'on consigne des mesures.
Ce qu'on peut dire, ce qu'on ne peut pas dire
Ce qu'on peut affirmer sans détour, c'est seulement ce que les textes donnent : neuf li de côté, trois portes par face, neuf avenues nord-sud et neuf avenues est-ouest, voies principales larges de neuf voies de char ; écran de porte cinq zhi, angle du palais sept, angle de la ville neuf ; grandes capitales secondaires un tiers de la capitale, moyennes un cinquième, petites un neuvième ; cent zhi pour limite. Ces nombres se citent tels quels, sans les convertir en unités d'aujourd'hui.
Ce qu'on ne peut pas dire : convertir neuf li en mètres ou en superficie ; convertir cent zhi en mètres ; affirmer que les villes des Zhou étaient vraiment carrées de neuf li ; affirmer que les États appliquaient cette hiérarchie ; dater ou identifier une ville fouillée à partir du Kaogong ji ; reconstituer la taille de Jing à partir d'une phrase du Zuo zhuan. Rien de tout cela n'est dans le matériau.
Vu ainsi, la valeur des deux passages n'est pas dans leurs nombres, mais dans le fait qu'ils font de la taille d'une ville deux choses différentes : un ordre idéal (neuf li, trois portes, la trame, le temple et les autels) et une réalité politique (cent zhi, un tiers, un cinquième, un neuvième). Le premier dit à quoi une ville doit ressembler ; le second dit jusqu'où elle ne doit pas grandir. Les vraies villes closes de Chine n'ont sans doute suivi ni l'un ni l'autre à la lettre — mais c'est une question pour l'archéologie, pas pour ces deux pages.
Sources et lectures complémentaires
- 《周礼·冬官考工记·匠人》(维基文库本;「前朝后市」一作「面朝后市」) — The planning text: 'The master builder lays out the capital: nine li square, three gates to each side; within the city nine north-south and nine east-west avenues, the main avenues nine carriage-tracks wide; the ancestral temple on the left, the altars of soil and grain on the right, the court in front and the market behind, the market and court each one 'fu'.' The same chapter measures rank in zhi: the royal palace gate-screen five zhi, the palace corner seven, the city corner nine; and rules that the gate-screen standard is to serve for the walls of secondary capitals, the palace-corner standard for the walls of the lords. An ideal scheme, not a survey of any city.
- 《春秋左氏传·隐公元年》(维基文库本) — The prohibition, spoken by Zhai Zhong against Duke Zhuang of Zheng, who had given his younger brother Duan the city of Jing: 'If a secondary capital exceeds a hundred zhi, it is a danger to the state. By the former kings' rule, the great secondary capitals are no more than one third of the capital, the middle ones one fifth, the small ones one ninth. Now Jing is out of measure, contrary to rule; you will not be able to bear it.' A political limit, not a measurement of any wall.
- 《孔子家语》卷一(存「邑无百雉之城」及旧注「高丈、长丈,曰堵。三堵,曰雉」;维基文库本) — Used only for the traditional gloss on the unit: 'a wall one zhang high and one zhang long is a du; three du are a zhi' — i.e. a zhi of wall is three zhang long and one zhang high. The article states the gloss in zhang and does not convert it into metres.




