Le chapitre s'ouvre sur une définition, non sur un rite : « le yu, c'est mettre en repos. Quand un chevalier a enterré son père ou sa mère, il accueille l'esprit qui revient et, à midi, sacrifie pour lui dans la salle mortuaire (殯宮), afin de l'apaiser. Le yu appartient aux rites inauspicieux, parmi les cinq classes de rites » (虞,安也。士既葬其父母,迎精而反,日中祭之于殯宮以安之。虞於五禮屬凶). Cette phrase est un commentaire de Zheng Xuan (郑玄), non le texte rituel ; la page la place pourtant en tête, parce que sans elle le mot yu ne dit rien à un lecteur.
Un rite à midi
Le texte rituel lui-même, au juan 42 du Commentaire et sous-commentaire des Rites (儀禮注疏), est mince. « Le rite yu du chevalier : un seul porc est offert » (士虞禮。特豕饋食) ; « le service a lieu à midi » (日中而行事) ; « la mise à mort se fait à l'ouest de la porte du temple ; le maître ne regarde pas ; le porc est découpé » (殺於廟門西,主人不視。豚解). Trois phrases, et l'horaire de la journée est dedans : un enterrement le matin, un porc tué à l'ouest d'une porte, une cérémonie à midi.
Le commentaire de Zheng Xuan remplit ce que le texte laisse vide. « Offert » est glosé comme « une manière de donner » (饋猶歸也). Midi est expliqué : « enterrement le matin, yu à midi — l'homme de bien agit au point juste de l'heure. Le deuxième et le troisième yu se font tous deux à l'aube » (朝葬,日中而虞,君子舉事必用辰正也。再虞、三虞皆質明). Que le maître ne regarde pas la mise à mort, c'est « parce que les affaires de deuil sont tenues au plus court » (凡為喪事略也) ; et le découpage, c'est « les pattes, l'échine et les côtes seulement ; une fois cuit, on le divise en morceaux et on le monte dans les tripodes » (解前後脛脊脅而已,熟乃體解,升於鼎也). Rien de tout cela n'est dans le texte rituel ; tout cela est ce dont un lecteur plus tardif a eu besoin.
La glose : un hôte, non un mort
Puis le texte rituel fait entrer le shi. « L'invocateur accueille le shi. Un homme en deuil de chanvre (衰絰), portant une corbeille, suit le shi en pleurant » (祝迎尸。一人衰絰奉篚,哭從尸). Le caractère 尸 fait aujourd'hui penser à un mort, et le commentaire de Zheng Xuan barre aussitôt cette lecture : « le shi est l'hôte. Dans le sacrifice du fils pieux, celui-ci ne voit pas la forme de son parent, son cœur n'a rien à quoi se tenir ; on établit donc un shi pour être le maître de l'intention » (尸,主也……立尸而主意焉). Un vivant, assis à la place du mort et traité comme l'ancêtre pendant toute la durée du rite : voilà ce qu'est le shi (尸), un représentant de l'ancêtre, non un mort. Le sous-commentaire de Jia Gongyan (贾公彦) ajoute que le shi doit être pris dans la génération des petits-fils.
Le commentaire de Zheng Xuan continue d'expliquer les silences du texte. Quand le maître et l'invocateur saluent le shi pour l'« installer », la glose dit : « installer, c'est s'asseoir à l'aise » (妥,安坐也) ; quand le maître ne descend pas pour accueillir le shi, la glose dit : « en deuil, on mène par le chagrin, non par le respect » (喪事主哀不主敬) ; quand le shi s'assied sans ôter ses chaussures, la glose dit : « servir un esprit, on n'ose pas se mettre à l'aise » (侍神,不敢燕惰). Quand le shi mange neuf fois, le commentaire dit : « neuf bouchées seulement : le rite du chevalier » (九飯而已,士禮也), et le sous-commentaire de Jia Gongyan ajoute l'échelle : onze pour le sacrifice mineur (少牢), treize pour les seigneurs, quinze pour le Fils du Ciel.
Le sous-commentaire discute
La troisième voix est le sous-commentaire de Jia Gongyan, écrit pour expliquer les gloses de Zheng Xuan. Là où Zheng définit un mot, Jia discute la définition. « Offert » y reçoit une page : Jia cite le Rites des Zhou (周禮) sur « offrir » (獻) et « donner » (饋), le Livre des rites sur les cadeaux d'un fils à ses parents, les Entretiens sur le cadeau d'un ami, et l'entrée du « Pourvoyeur » (膳夫), puis conclut que « offrir » s'adresse à un supérieur tandis que « donner » circule de haut en bas entre les rangs (獻雖主於尊……其云饋者,上下通稱). Un mot, quatre citations.
C'est aussi Jia qui répare une contradiction. Le texte rituel dit que le porc est tué à la « porte du temple » ; le catalogue de Zheng dit que le sacrifice se fait « dans la salle mortuaire » (殯宮). Jia : « le temple, c'est la salle mortuaire… le yu et la fin des pleurs (卒哭) se font dans la chambre ; le fu (祔), le placement de la tablette au temple, vient plus tard » (廟則殯宮也……虞、卒哭在寢,祔乃在廟). Il explique aussi le demi-porc : « dans les rites fastes, l'animal entier est utilisé, les deux moitiés (胖) ; ici le texte dit “côté”, donc une seule moitié — parce que dans le yu il n'y a pas de remise des coupes (致爵) » (吉禮皆全,左右胖皆亨……以其虞不致爵).
Une coupe
Une fois le shi rassasié, le maître fait la première offrande : « le maître lave la coupe sans pied (廢爵), verse du vin et en offre au shi pour le yin (酳). Le shi salue et reçoit la coupe ; le maître, tourné vers le nord, salue en retour. Le shi fait l'offrande de vin et y goûte » (主人洗廢爵,酌酒酳尸。尸拜受爵,主人北面答拜。尸祭酒,嘗之). Le commentaire de Zheng Xuan : « une coupe sans pied s'appelle 廢爵, coupe hors d'usage. Le yin (酳), c'est mettre la nourriture au repos. Le maître se tourne vers le nord pour offrir et rendre la coupe : c'est là le changement du rite faste ; toutes les différences sont des changements du faste » (爵無足曰廢爵。酳,安食也。主人北面以酳酢,變吉也).
La coupe s'accompagne de foie : « un convive de haut rang apporte le foie, le pose sur le support, le talon (柢) tourné vers le shi et le sel à droite » (賓長以肝從,實於俎,縮,右鹽). Le commentaire dit qu'en deuil « on présente le talon » et qu'« on ne vise pas au goût » (以喪不志於味). Quand le shi vide la coupe, « l'invocateur la reprend ; on n'accompagne pas la coupe » (不相爵), parce que « dans les sacrifices de deuil, la cérémonie est tenue courte » (喪祭於禮略).
Le rite enchaîne ensuite : le shi offre à boire au maître de la même coupe ; la maîtresse de maison lave une coupe à pied et fait la deuxième offrande ; un convive de haut rang fait la troisième avec une coupe gravée entre l'ouverture et le pied. Le chapitre se poursuit au juan suivant, le juan 43, où le texte rituel reconduit le shi : « le shi se lève ; l'invocateur passe devant lui, face à lui » (尸謖,祝前,鄉尸), se retournant pour lui faire face à la porte, chez le maître, au bas des degrés.
Trois voix, un seul midi
Une voix de plus se tient hors du rituel. Le chapitre « Tan Gong II » du Livre des rites donne la raison du moment, non la procédure : « quand la tombe est scellée, le maître fait son présent d'adieu, et l'invocateur reste pour préparer le shi du yu » (既封,主人贈,而祝宿虞尸). « Les officiers disposent natte et table avec une offrande à gauche de la tombe ; ils reviennent, et à midi vient le yu. Le yu le jour de l'enterrement, c'est parce qu'il ne supporte pas un seul jour de séparation ; ce jour-là, le yu remplace l'offrande de nourriture » (葬日虞,弗忍一日離也。是日也,以虞易奠). C'est une argumentation, non une rubrique : elle répond à la question de savoir pourquoi le rite ne peut pas attendre le matin. Les trois couches font chacune leur travail. Le texte rituel donne les actes et presque aucune raison ; le commentaire de Zheng Xuan donne les noms et les raisons — le yu, c'est apaiser ; le shi, c'est l'hôte ; se tourner vers le nord, c'est le changement du faste ; le sous-commentaire de Jia Gongyan donne les discussions, les recoupements et les raccords — comment le temple et la salle mortuaire se rejoignent, comment une moitié et l'animal entier se comptent, comment neuf bouchées se rangent avec onze, treize et quinze. Le Livre des rites donne, lui, la raison pour laquelle ce rite ne peut pas ne pas avoir lieu. Fondue en une seule voix, la page est une bouillie ; lue à trois, elle enregistre comment un rite a été compris : par l'homme qui a écrit les actes, par celui qui a glosé les mots des siècles plus tard, et par celui qui a défendu la glose.
Ce que la page ne donne pas est tout aussi net : aucun inventaire complet des vases et des places au-delà de ceux qu'elle nomme, aucun récit de la fréquence à laquelle une famille accomplissait le rite, aucune preuve qu'il ait jamais été accompli exactement comme il est écrit. C'est le rite d'un chevalier (士), non une coutume villageoise. Mais à midi, le texte est exact : un porc, une porte, une coupe sans pied, et un homme vivant assis à la place du mort tandis qu'un fils, tourné vers le nord, s'incline devant lui.
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Sources et lectures complémentaires
- 《仪礼注疏》卷四十二·士虞礼第十四(汉郑玄注、唐贾公彦疏;维基文库本,未与点校本复核) — The three layers on one page. Zheng Xuan's opening comment: 'Yu is to set at rest; when a knight has buried his father or mother he welcomes the spirit back and at midday sacrifices in the mortuary hall; yu belongs to the inauspicious among the five classes of rites' (虞,安也……虞於五禮屬凶). The ritual text: 'a single pig is fed' (特豕饋食), 'the service is at midday' (日中而行事), 'killed west of the temple gate, the master does not watch, the pig quartered' (殺於廟門西,主人不視。豚解), 'the invocator welcomes the shi; one man in hemp, carrying a basket, follows weeping' (祝迎尸), the first offering with the footless cup (主人洗廢爵,酌酒酳尸), the liver brought by a senior guest (賓長以肝從), 'no escorting of the cup' (不相爵). Zheng's glosses: '饋猶歸也', '尸,主也……立尸而主意焉', '朝葬,日中而虞,君子舉事必用辰正也。再虞、三虞皆質明', '凡為喪事略也', '變吉也', '以喪不志於味', '九飯而已,士禮也'. Jia's sub-commentary: why only one half of the pig (虞不致爵), how the temple (廟) of the text is the mortuary hall (殯宮) because yu and the ending of weeping are in the chamber, the scale of helpings (少牢十一飯,諸侯十三飯,天子十五飯), and the argument over 獻 versus 饋.
- 《仪礼注疏》卷四十三(汉郑玄注、唐贾公彦疏;维基文库本,未与点校本复核) — The chapter's continuation, used here only for the sending-off of the shi: 'The shi rises; the invocator goes before him, facing him' (尸謖,祝前,鄉尸), and the turning at the door, at the master, at the steps (還,出戶,又鄉尸。還,過主人,又鄉尸。還,降階,又鄉尸); Zheng notes that the invocator 'must first face him, to give him the measure' (必先鄉之,為之節). The juan also supplies the rule that the shi comes from the grandson's generation (尸須得孫列者) and that male and female shi are separate, 'of different surname, not a low-born woman' (必使異姓,不使賤者).
- 《礼记·檀弓下》(维基文库本,未与点校本复核) — The argument, not the rubric: 'When the grave is sealed, the master makes his parting gift, and the invocator stays to prepare the shi of the yu' (既封,主人贈,而祝宿虞尸); 'the officers set mat and table with a deposit at the left of the grave, return, and at midday comes the yu. The yu on the day of burial is because he cannot bear one day's separation; on that day yu replaces the food-offering' (葬日虞,弗忍一日離也。是日也,以虞易奠); and 'yu sets up the shi, with a table and mat' (虞而立尸,有幾筵). Also 'the day is changed to the auspicious sacrifice' at the ending of weeping.




