La passe de Hangu (函谷關) apparaît pour la première fois comme le quatrième article d'une liste. Dans le Zhanguo ce (《戰國策》, les Stratégies des Royaumes combattants), Su Qin (蘇秦) dit au roi Hui de Qin (秦惠王) : « Votre majesté a, à l'ouest, les profits de Ba, Shu et Hanzhong ; au nord, l'usage des chevaux des Hu et des Dai ; au sud, la barrière des monts Wu et Qian ; à l'est, la solidité de Yao et Han » (東有肴函之固). L'article de l'est, Yao et Han (肴函), tient en quatre caractères : Yao, Han, de, solide. Ce à quoi ressemble la passe elle-même, la phrase ne le dit pas.

Un inventaire de biens

La liste entière suit : « champs gras et beaux, peuple riche et nombreux, dix mille chars de guerre, un million de soldats d'assaut, mille li de plaine fertile, réserves abondantes, terrain commode — voilà ce qu'on appelle un grenier céleste, l'État dominant du monde. Avec la sagesse de votre majesté, la multitude des officiers et du peuple, l'usage des chars et de la cavalerie, l'enseignement de la méthode militaire, vous pourriez joindre les seigneurs, avaler le monde et régner comme empereur. » Les quatre directions sont d'abord tracées pour faire de Qin une boîte fermée ; ce n'est qu'ensuite que le conseiller dit que l'homme enfermé dans la boîte peut en sortir. Le roi ne prend pas : « J'ai entendu que des plumes qui ne sont pas encore pleines ne peuvent voler haut… vous êtes venu de mille li pour m'instruire dans ma cour ; je demande un autre jour. »

La seule phrase de cette page qui parle de la passe elle-même est une note : « Yao est à l'ouest de Mianchi (澠池) ; la passe de Han se trouvait autrefois hors de la porte nord de la ville de Hongnong (弘農), elle est maintenant à l'est de Xin'an (新安) ; “solide”, c'est difficile à attaquer et facile à tenir » (肴在澠池西,函關舊在弘農城北門外,今在新安東,固牢堅難攻易守也). Le texte ne donne qu'un adjectif ; la note le convertit en un lieu et en un jugement militaire. Elle ne va pas plus loin : pas de hauteur de mur, pas de largeur de route, pas de garnison. Ce volume de l'édition Siku mêle en une seule suite le commentaire de Gao You (高誘), sous les Han, et la continuation de Yao Hong (姚宏), sous les Song : la note n'est donc citée ici que comme « la note », sans qu'on l'attribue à l'un plutôt qu'à l'autre.

La même persuasion en deux livres

Le Shiji (《史記》) donne la même persuasion dans sa biographie de Su Qin, avec d'autres mots : « Qin est un État des quatre verrous (四塞), adossé aux monts et ceint par la Wei ; à l'est, il a les passes et le fleuve Jaune ; à l'ouest, Hanzhong ; au sud, Ba et Shu ; au nord, les chevaux de Dai — voilà le grenier céleste » (秦四塞之國,被山帶渭,東有關河……此天府也). Ici la frontière orientale de Qin est « les passes et le fleuve Jaune », non « Yao et Han » ; l'expression « État des quatre verrous » n'est pas dans la version du Zhanguo ce. Le refus du roi est aussi reformulé : « des plumes qui ne sont pas encore formées ne peuvent voler haut ; des motifs qui ne sont pas encore clairs ne permettent pas d'annexer » (毛羽未成,不可以高蜚;文理未明,不可以并兼), et le chapitre ajoute la raison : Shang Yang (商鞅) venait d'être mis à mort, et le roi « haïssait les beaux parleurs et ne l'employa pas ».

Mis côte à côte, les deux textes montrent une différence claire : une page dit « à l'est, la solidité de Yao et Han », l'autre « à l'est, les passes et le fleuve Jaune » ; l'une dit les plumes « pas encore pleines », l'autre « pas encore formées ». Une même persuasion survit en deux versions ; laquelle est la première, ces deux pages ne le disent pas, et cet article ne tranche pas à leur place. Une seule chose est utilisable : dans la bouche d'un conseiller, la passe est un nom pour la frontière de l'est, non un ouvrage mesuré.

Le troisième texte : l'argument de Jia Yi

À la fin du juan 6 du Shiji, Sima Qian (司馬遷) cite Jia Yi (賈誼), maître Jia : « Le duc Xiao de Qin (秦孝公), appuyé sur la solidité de Xiao et Han (殽函) et tenant la terre de Yongzhou (雍州), ses princes et ses ministres se tinrent fermes et guettèrent la maison des Zhou, avec la volonté de rouler le monde, d'envelopper l'univers, d'ensacher les quatre mers et d'avaler les huit confins » (秦孝公據殽函之固,擁雍州之地……). Et plus loin : « le monde n'était ni petit ni faible ; la terre de Yongzhou et la solidité de Xiao et Han étaient telles qu'auparavant » (雍州之地,殽函之固自若也).

Il faut dire la nature de ce passage : c'est le « Faute de Qin » (《過秦論》, Faults of Qin) de Jia Yi, un essai politique, cité par Sima Qian à la fin des annales — non une relation des événements du temps. Il se sert de la passe comme d'un argument : le terrain n'avait pas changé, les hommes oui, et donc « la bienveillance et la justice ne furent pas appliquées, et les circonstances de l'attaque et de la défense différèrent ». C'est la manière d'un essai, non celle d'un levé. Le même essai dit encore que Qin « répara les gués et les passes, tint les points escarpés et y entretint armes et cuirasses pour les garder » (繕津關,據險塞,修甲兵而守之), et qu'à la levée de Chen She (陳涉), « les hommes de Qin ne tinrent pas les barrières, les portes et les ponts ne furent pas fermés » (秦人阻險不守,關梁不闔).

Trois rôles dans trois textes

Trois rôles, chacun sur sa page. Dans le Zhanguo ce, la passe est le quatrième article d'un inventaire : on la dit « solide » pour que le roi croie qu'il a de quoi sortir. Dans le pacte de l'alliance verticale (合縱) que rapporte le Shiji, elle est la direction d'une menace : « si les six États s'unissent par la parenté et traitent Qin en hôte, alors les cuirasses de Qin n'oseront pas sortir de la passe de Hangu pour nuire à l'est » (秦甲必不敢出於函谷以害山東矣) — l'est, Shandong (山東), c'est-à-dire le pays à l'est de la passe ; l'alliance conclue, « pendant quinze ans les armées de Qin n'osèrent pas regarder la passe de Hangu » (秦兵不敢闚函谷關十五年). Dans l'essai de Jia Yi, elle est la preuve d'une thèse : la passe était telle qu'avant, et Qin avait disparu. La même porte est un actif, une sortie et une pièce à conviction.

Le nom a trois écritures, lui aussi : « Yao-Han » (肴函) dans le Zhanguo ce, « Hangu » (函谷) dans la biographie de Su Qin du Shiji, « Xiao-Han » (殽函) dans le « Faute de Qin ». Les caractères 肴, 殽 et 崤 sont des variantes d'une même montagne ; Han est le nom de la passe. Les trois pages ne s'accordent pas, et cet article ne les met pas d'accord.

Ce que les trois pages ne donnent pas

Pas de dimensions de la passe, pas de hauteur de mur, pas de largeur de route, pas de nombre de soldats en garnison, pas de formalités de passage, pas de péage — cet article ne traite que du terrain et de la guerre ; le péage relève d'un autre texte, et aucune de ces pages ne mentionne un impôt. Il n'y a pas non plus de classement du genre « la première passe », ni d'histoire des déplacements de la porte, ni d'estimation du nombre de troupes qui pouvaient passer. « Quinze ans sans regarder la passe » est une affirmation de la biographie de Su Qin, non un registre de la porte. Il n'y a donc qu'une chose à écrire : sur ces trois pages, la passe de Hangu est un mot, employé par trois sortes d'auteurs dans trois sortes d'arguments. Comment la porte était gardée, et par qui, aucune des trois ne le dit.

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Sources et lectures complémentaires

  1. 《史记》卷六十九·苏秦列传(西汉;维基文库本,未与点校本复核) — Su Qin's two speeches and their results. To King Hui of Qin: 'Qin is a state of four barriers, backed by mountains and girdled by the Wei; east it has the passes and the Yellow River, west Hanzhong, south Ba and Shu, north the horses of Dai — this is a heavenly storehouse' (秦四塞之國,被山帶渭,東有關河……此天府也); the king answers 'feathers not yet full cannot fly high' (毛羽未成,不可以高蜚) and, because Shang Yang had just been executed, 'he disliked persuaders and did not use him'. In the covenant Su Qin later sells to Zhao: 'if the six states join in kinship and treat Qin as a guest, Qin's armour will not dare come out of the Hangu pass to harm the east' (秦甲必不敢出於函谷以害山東矣); and after the alliance, 'for fifteen years Qin's armies did not dare peep at the Hangu pass' (秦兵不敢闚函谷關十五年). Note: this juan's version of the first speech says 'the passes and the Yellow River' (關河), not 'Yao-Han'; it contains no 崤/殽.
  2. 《战国策》卷三·秦策一(汉高诱注、宋姚宏续注;四库全书本,维基文库本,未与点校本复核) — The persuader's inventory: 'Your majesty's state has, in the west, the profits of Ba, Shu and Hanzhong; in the north, the use of the Hu and Dai horses; in the south, the barrier of Wu and Qian mountains; in the east, the firmness of Yao and Han' (東有肴函之固). The king declines with 'feathers not full cannot fly high' and 'I beg another day'. The commentary in this edition (the volume carries Gao You's and Yao Hong's notes in one run, so it is cited here simply as 'the note') places the barrier: 'Yao is west of Mianchi; the Han pass was formerly outside the north gate of Hongnong city, now east of Xin'an; 'firm' means hard to attack and easy to hold' (肴在澠池西,函關舊在弘農城北門外,今在新安東,固牢堅難攻易守也). After Su Qin's success in Zhao, 'Su Qin being chancellor in Zhao, the pass was not open' (故蘇秦相於趙而關不通). No width, garrison, road or toll procedure appears.
  3. 《史记》卷六·秦始皇本纪(篇末太史公曰引贾谊《过秦论》;维基文库本,未与点校本复核) — Used for one quotation only, and it is political argument, not record: in Sima Qian's closing judgement he quotes Master Jia — 'Duke Xiao of Qin, resting on the firmness of Yao and Han and holding the land of Yongzhou, his ruler and ministers held fast and watched the house of Zhou, with the will to roll up the world' (秦孝公據殽函之固,擁雍州之地,君臣固守而窺周室); and later, 'the land of Yongzhou and the firmness of Yao and Han were as before' (雍州之地,殽函之固自若也). This is Jia Yi's 'Faults of Qin', a political essay, quoted inside the Shiji; it argues about attack and defence, and is not evidence for the pass's construction or garrison.