Trois affaires parviennent au commandant de la justice (tingwei), et chacune se termine de la même façon : une sentence, un empereur en colère, un juge qui ne change pas la sentence. Dans la première, un homme arrête les voitures du prince héritier et du prince de Liang devant une porte de palais. Dans la deuxième, un homme des districts effraie les chevaux impériaux sur un pont. Dans la troisième, quelqu'un vole un anneau de jade au temple du fondateur de la dynastie. Deux histoires racontent ces affaires, la vie de Zhang Shizhi dans le Shiji et celle du Hanshu, et le Hanshu suit le Shiji de près : un seul récit écrit deux fois, non deux témoins indépendants.

Première affaire : la porte Sima

Le passage est court : 太子與梁王共車入朝,不下司馬門,於是釋之追止太子、梁王無得入殿門。遂劾不下公門不敬,奏之 — le prince héritier et le prince de Liang entrent ensemble à la cour et ne descendent pas à la porte Sima ; Zhang Shizhi les poursuit, les empêche de franchir la porte du palais et les accuse de 不敬, manque de respect, puis soumet son rapport. L'accusation tient en deux caractères, et l'accusé était l'héritier. Ce qui suit n'est pas la colère de l'empereur contre le juge : 薄太后聞之,文帝免冠謝曰:« 教兒子不謹。 » — l'impératrice douairière l'apprend, et l'empereur ôte sa coiffe et s'excuse de n'avoir pas su instruire son fils. Puis 薄太后乃使使承詔赦太子、梁王,然後得入。文帝由是奇釋之,拜爲中大夫 — son envoyé apporte la grâce, les deux entrent, et l'empereur, frappé, fait de Zhang un 中大夫. Le Hanshu porte 毌入殿門 pour 無得入殿門 et 繇是 pour 由是 ; l'affaire se termine par une promotion, non par un souverain qui cède. L'accusation est portée contre l'héritier, et la réponse de l'empereur est de s'excuser vers le haut, auprès de sa mère, puis de promouvoir celui qui l'a portée.

Deuxième affaire : le pont Wei du Milieu

上行,出中渭橋,有一人從橋下走出,乘輿馬驚。於是使騎捕,屬之廷尉。釋之治問。曰:« 縣人來,聞蹕,匿橋下。久之,以爲行已過,即出,見乘輿車騎即走耳。 » — l'empereur sort et passe le pont Wei du Milieu ; un homme sort de dessous le pont, les chevaux impériaux s'effraient, des cavaliers le saisissent et le remettent au commandant. La déposition tient en quatre membres de phrase : un homme des districts ; il a entendu qu'on dégageait la route et s'est caché sous le pont ; il a attendu si longtemps qu'il a cru le cortège passé ; il est sorti, a vu les voitures et a couru. C'est là tout son comportement et tout son motif. Le Hanshu diffère par de petits mots : 從橋下走 pour 走出, 久,以為行過 pour 久之,以爲行已過, 既出,見車騎 pour 即出,見乘輿車騎. La déposition est le seul endroit des trois affaires où l'accusé parle, et elle compte quatre courtes propositions.

La sentence tient en une ligne : 廷尉奏當,一人犯蹕,當罰金 — le commandant soumet la sentence : un homme a violé le dégagement de la route, 蹕, passible d'une amende, 罰金. Le Hanshu porte 此人 pour 一人, « cet homme » plutôt que « un homme », et met la ligne entre guillemets comme la soumission de Zhang lui-même. Aucune des deux pages ne donne le montant de l'amende. La colère de l'empereur suit : 此人親驚吾馬,吾馬賴柔和,令他馬,固不敗傷我乎?而廷尉乃當之罰金! — cet homme a effrayé mes chevaux lui-même ; mon attelage était doux, mais avec un autre, ne m'aurait-il pas blessé ? et le commandant le condamne à une amende ! Le Hanshu porte 馬賴和柔,令它馬 pour 吾馬賴柔和,令他馬.

Zhang répond en trois couches. 法者,天子所與天下公共也。今法如此而更重之,是法不信於民也 — la loi est ce que le Fils du Ciel tient en commun avec le royaume ; l'alourdir au-delà de ce qu'elle est, c'est faire que la loi ne soit plus crue du peuple. 且方其時,上使立誅之則已 — et sur le moment, si Votre Majesté l'avait fait tuer sur place, l'affaire s'arrêtait là. 今既下廷尉,廷尉,天下之平也,一傾而天下用法皆爲輕重,民安所錯其手足? — mais maintenant qu'il est remis au commandant, le commandant est la balance du royaume ; qu'elle penche une fois, et tout l'usage de la loi dans le royaume penche avec elle, et où le peuple posera-t-il ses mains et ses pieds ? Le Hanshu porte 上使使誅之 pour 立誅之, 今已下廷尉 pour 今既下廷尉, et 壹傾 pour 一傾. L'affaire se termine ainsi : 良久,上曰:« 廷尉當是也。 » — après un long moment, l'empereur dit que la sentence du commandant était juste.

Troisième affaire : l'anneau de jade

其後有人盜高廟坐前玉環,捕得,文帝怒,下廷尉治。釋之案律盜宗廟服御物者爲奏,奏當棄市 — quelqu'un vole l'anneau de jade placé devant le trône dans le temple du fondateur, il est pris, l'empereur en colère l'envoie au commandant. Zhang 案律, vérifie la loi sur le vol des objets du temple, et soumet la sentence de 棄市, exécution au marché. 案律 est la seule mention d'une loi dans les trois affaires, et la page ne nomme pas la disposition, ne la cite pas, ne donne pas la valeur de l'anneau. Le Hanshu écrit 座 pour 坐 et supprime 釋之 et 律. Le mot 案律 est la seule citation légale des trois affaires, et il ne cite rien.

La colère de l'empereur est plus grande ici : 人之無道,乃盜先帝廟器,吾屬廷尉者,欲致之族,而君以法奏之,非吾所以共承宗廟意也 — l'homme est sans principe, il a volé un vase des empereurs précédents ; je l'ai remis au commandant voulant l'extermination du clan, 族, et vous le soumettez à la loi, ce qui n'est pas ainsi que j'entendais servir le temple ancestral. Zhang répond 法如是足也。且罪等,然以逆順爲差 — la loi suffit ainsi ; et là où les crimes sont égaux, la différence se fait par l'obéissance et la rébellion. Puis la question la plus dure : 今盜宗廟器而族之,有如萬分之一,假令愚民取長陵一抔土,陛下何以加其法乎? — si voler un vase du temple vaut l'extermination du clan, alors dans la dix-millième partie d'un hasard où un ignorant prendrait une poignée de terre au tombeau de Changling, que pourrait ajouter Votre Majesté ? Le Hanshu porte 以逆順爲基 pour 爲差, base au lieu de gradation, et le sens de la phrase change avec le caractère. L'affaire se termine 久之,文帝與太后言之,乃許廷尉當 — après un long moment, l'empereur en parle à l'impératrice douairière et consent ; le Hanshu supprime 久之.

Après cela, 是時,中尉條侯周亞夫與梁相山都侯王恬開見釋之持議平,乃結爲親友。張廷尉由此天下稱之 — Zhou Yafu et le marquis de Shandu, voyant que Zhang tenait ses avis avec équilibre, devinrent ses amis, et par là le commandant fut connu dans tout le royaume. Le Hanshu nomme le marquis 王恬咸 et écrit 繇此 pour 由此. Le distique final du Shiji sur lui, 驚馬罰金,盜環悟上, un cheval effrayé mis à l'amende et un anneau volé qui éveilla l'empereur, ne fait pas partie de la biographie : c'est le 索隱述贊, un commentaire des Tang, et il est marqué comme tel ici.

Les sentences, et ce qui suivit

Les sentences que l'on retient tiennent dans un seul discours. 法者,天子所與天下公共也 — la loi est tenue en commun. 廷尉,天下之平也 — le commandant est la balance du royaume ; 平 est le fléau d'une balance, et la proposition suivante, 一傾, une fois qu'elle penche, le montre. 一傾而天下用法皆爲輕重,民安所錯其手足 — qu'elle penche une fois, l'usage de la loi dans le royaume penche avec elle, et le peuple n'a plus où poser les mains et les pieds. La troisième affaire ajoute 法如是足也, la loi suffit ainsi. Ce sont les mots de la page, et cet article les tient pour des mots : il ne les traduit en aucun principe moderne du droit.

La suite est plus froide que les affaires. 後文帝崩,景帝立,釋之恐,稱病 — après la mort de l'empereur Wen et l'avènement de l'empereur Jing, Zhang eut peur et prétexta la maladie. Il garda sa place par un artifice d'un vieil homme, 王生, qui à la cour dit 吾韤解, mes jarretières sont détachées, et fit agenouiller le commandant pour les nouer, 欲以重之, pour le rendre plus pesant. Le Hanshu porte 稱疾 pour 稱病 et finit par 年老病卒.

Ce que cet article laisse de côté

Il n'écrit ni une vie de Zhang Shizhi ni une histoire du droit des Han : les pages donnent trois affaires, quelques mots de procédure et aucun texte de loi. Le nom de la disposition, le montant de l'amende, la manière de l'exécution, la valeur de l'anneau et les années des affaires sont absents des deux pages, et rien n'est fourni ici. Les deux livres sont un seul récit écrit deux fois ; là où ils diffèrent, l'article dit lequel est lequel et ne les confond pas. Les raisons pour lesquelles l'empereur cède ne sont données que par 良久 et 與太后言之, et cet article ne fournit pas le reste. L'article sur le recueil de lois qui s'accroît, celui sur l'édit abolissant les mutilations et celui sur l'application au marché portent sur d'autres sujets ; celui-ci reste à l'office du commandant. Ce que les pages donnent, c'est une procédure en quelques mots, 奏當, 奏之, 下廷尉, 許廷尉當, et trois sentences qui ne bougent pas.

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Sources et lectures complémentaires

  1. 《史記》卷一百二·張釋之馮唐列傳(西漢司馬遷撰;維基文庫本,頁面白文,未與中華書局點校本複核) — The three cases and the speeches: 太子與梁王共車入朝,不下司馬門…遂劾不下公門不敬; 上行,出中渭橋…縣人來,聞蹕,匿橋下…廷尉奏當,一人犯蹕,當罰金…法者,天子所與天下公共也…廷尉,天下之平也,一傾而天下用法皆爲輕重…良久,上曰:廷尉當是也; 其後有人盜高廟坐前玉環…釋之案律盜宗廟服御物者爲奏,奏當棄市…以逆順爲差…取長陵一抔土,陛下何以加其法乎…久之,文帝與太后言之,乃許廷尉當; 張廷尉由此天下稱之; 後文帝崩,景帝立,釋之恐,稱病. The page closes with a 索隱述贊 驚馬罰金,盜環悟上, which is Tang commentary, not biography.
  2. 《漢書》卷五十·張馮汲鄭傳(東漢班固撰;維基文庫本,頁面白文,頁頭標 textquality 25%,未與中華書局點校本複核) — The same three cases, largely following the Shiji with wording differences: 南陽堵陽人也, 爰盎, 毌入殿門, 此人犯蹕, 上使使誅之, 今已下廷尉, 壹傾, 座前玉環, 以逆順爲基, 王恬咸, 繇此, 稱疾, 年老病卒. The chapter ends with a 贊曰 rather than a 太史公曰.