La proposition s'ouvre par le rétablissement d'une vieille règle : « autrefois, les chars et les cordes de sapèques (mín qián 緡錢) des marchands étaient comptés selon des taux fixes ; qu'on les compte comme auparavant » (異時算軺車賈人緡錢皆有差,請算如故). Les ministres commencent par leurs raisons : certaines commanderies ont souffert de calamités, les pauvres n'ont pas de biens, les marchands se sont multipliés, et les pauvres, sans rien en réserve, regardent tous vers le gouvernement (商賈滋眾。貧者畜積無有,皆仰縣官). Vient ensuite un barème — qui déclare, ce qui est compté, combien, et ce qu'il advient de celui qui sous-estime. Ces mots sont un discours de hauts dignitaires, introduit par « alors les ministres dirent » (於是公卿言) ; ce n'est que plus tard que le texte appelle le résultat « l'ordonnance sur les cordes de sapèques » (緡錢令). Cet article tient les deux à part : une proposition d'abord, une ordonnance ensuite.
Qui déclare, et combien
La première surprise est l'étendue du champ. « Tous les marchands, les petites fabrications (mòzuò 末作), les prêts (shìdài 貰貸), les achats et ventes, ceux qui accumulent des marchandises dans les villes et ceux qui tirent profit du négoce — même sans registre du marché — déclareront eux-mêmes leurs biens » (諸賈人末作貰貸賣買,居邑稽諸物,及商以取利者,雖無市籍,各以其物自占). Les quatre caractères « même sans registre du marché » (雖無市籍) élargissent le filet : du marchand inscrit au registre du marché (shìjí 市籍) à quiconque gagne de l'argent en faisant circuler des biens. Et le verbe est zìzhàn 自占, se déclarer soi-même : l'office ne vient pas inventorier la boutique, il fait écrire le propriétaire par lui-même.
Deux taux sont donnés. Les marchands paient « un compte (yī suàn 一算) par deux mille sapèques » (率緡錢二千而一算) ; ceux qui travaillent à contrat ou coulent le métal paient « un compte par quatre mille » (諸作有租及鑄,率緡錢四千一算) — la moitié du taux pour une même unité. Les chars et les bateaux se comptent à part, les chars selon le statut et les bateaux selon la longueur : « les chars légers (yáochē 軺車) des Trois Anciens (sānlǎo 三老) et des chevaliers de la frontière nord — hommes non assimilés aux officiers — un compte ; les chars des marchands, deux comptes ; les bateaux de cinq zhang (丈) et plus, un compte » (軺車以一算;商賈人軺車二算;船五丈以上一算). Le char d'un marchand est compté deux fois ; le bateau une fois, s'il est assez long.
Ce que valait un compte, les deux pages ne le disent pas. Aucune glose, aucune conversion ; tout le barème est écrit dans son unité propre. On pense généralement qu'un compte valait cent vingt sapèques, d'après un commentaire ancien, mais aucune des deux pages ne le dit, et cet article n'emploie pas ce chiffre pour calculer un taux. Tout ce qui peut donc être écrit, c'est l'original : un compte par deux mille, un par quatre mille, un par char, un par bateau — et non un pourcentage.
La dissimulation, et la moitié du délateur
Deux peines suivent : « dissimuler sans se déclarer, ou déclarer de façon incomplète — un an de garnison à la frontière (shùbiān 戍邊), et la confiscation (mòrù 沒入) des cordes de sapèques » (匿不自占,占不悉,戍邊一歲,沒入緡錢). Vient ensuite la clause qui a changé la nature de l'affaire : « quiconque est en mesure de dénoncer recevra la moitié » (有能告者,以其半畀之). La moitié des biens confisqués allait au délateur. Un état des biens, écrit jusqu'ici, est devenu une prime sur le voisin. Une interdiction pend au même paragraphe : les marchands inscrits au registre du marché et leurs familles « ne pourront tenir de terres en leur propre nom, afin de favoriser les paysans ; ceux qui enfreindront l'ordre perdront la terre et les serviteurs » (皆無得籍名田……沒入田僮).
D'un paragraphe à une campagne
Après l'ordonnance vint un exemple. L'empereur honora Bǔ Shì (卜式), le berger qui avait offert la moitié de sa fortune pour la frontière : il en fit un officier de palais, lui donna des terres et « le proclama par tout l'empire afin que tous le sachent » (布告天下,使明知之). Cela ne servit à rien : « le peuple ne vint jamais partager ses richesses avec le gouvernement » (百姓終莫分財佐縣官). Puis vint le lâcher : les dénonciations de la taxe sur les cordes de sapèques (gàomín 告緡) « furent lâchées » (於是告緡錢縱矣). Des équipes de censeurs et de délégués du commandant de la justice furent envoyées par groupes pour instruire les affaires de la taxe dans les commanderies et les royaumes (乃分遣御史廷尉正監分曹往,即治郡國緡錢). L'exécution tient en trois phrases : les dénonciations de Yáng Kě (楊可) « parcoururent l'empire » (楊可告緡遍天下), « les foyers de moyenne fortune et au-dessus furent pour la plupart accusés » (中家以上大抵皆遇告), et « Dù Zhōu (杜周) les jugea, et peu furent réhabilités » (獄少反者). Un organisateur, un juge, une phrase pour l'étendue de l'affaire.
Puis l'inventaire, avec les seules quantités que le chapitre comporte, toutes approximatives : des biens saisis « comptés par centaines de millions » (以億計), des esclaves « par milliers et par dizaines de milliers » (以千萬數), des champs « plusieurs centaines de qing (頃) dans un grand comté, une centaine et quelques dans un petit » (田大縣數百頃,小縣百餘頃), des maisons de même. Le résultat tient en une ligne : « les marchands de moyenne fortune et au-dessus furent pour la plupart ruinés, et le peuple prit son plaisir dans la bonne chère et les beaux habits sans s'appliquer à amasser des biens » (商賈中家以上大率破,民偷甘食好衣,不事畜藏之產業). Ce ne sont pas des statistiques ; ce sont les quantités du texte lui-même, et cet article ne les additionne pas.
Argent, terre, hommes : où va chacun
La répartition est le passage le plus concret du chapitre. Les sapèques furent partagées entre les offices : « l'office des eaux (Shuǐhéng 水衡), le trésor privé (Shàofǔ 少府), la grande agriculture (Dànnóng 大農) et les voitures impériales (Tàipú 太僕) établirent chacun des officiers agricoles, qui souvent cultivèrent sur place les champs confisqués dans les commanderies et les comtés » (水衡、少府、大農、太仆各置農官,往往即郡縣比沒入田田之). Les personnes ne furent pas libérées : « les esclaves confisqués furent répartis dans les parcs pour nourrir chiens, chevaux, oiseaux et bêtes, et donnés aux divers offices » (分諸苑養狗馬禽獸,及與諸官). Argent, terre et travail avaient chacun leur destination ; ici la taxe cesse d'être un document et devient un établissement. L'établissement coûtait cher : « les divers offices se multiplièrent, les condamnés et les esclaves furent nombreux, et le grain transporté par le fleuve atteignit un quota de quatre millions de shi (石), les offices devant encore en acheter » (諸官益雜置多,徒奴婢眾,而下河漕度四百萬石,及官自糴乃足).
Les deux textes ne se lisent pas de la même façon, et les différences sont mises côte à côte plutôt que lissées. D'abord le caractère : là où le Shiji (Shǐjì 史記) écrit 緡錢, la page du Hanshu (Hànshū 漢書) écrit 嬢錢 en plusieurs endroits (率嬢錢二千而算一, 告嬢遍天下) ; on l'entend comme 缗钱, mais la transcription est citée telle quelle et signalée. Ensuite le mot : le Shiji porte 大抵皆遇告, le Hanshu 大氐皆遇告 — 氐 pour 抵. Puis la clause finale : le Shiji a « et les fonds du gouvernement en furent plus abondants » (用益饒矣), le Hanshu « 用少饒矣 » — un seul caractère d'écart, et le sens va dans une autre direction ; les deux lectures figurent ici, et aucune n'est choisie. Une quatrième différence se trouve dans le même paragraphe : 沒入田僮, terres et serviteurs, chez le Shiji, contre 沒入田貨, terres et biens, chez le Hanshu.
Les années que les pages ne donnent pas
Aucune des deux pages ne donne les années : quand la taxe commença et quand les dénonciations cessèrent ne s'y trouvent simplement pas, et cet article n'en fournit aucune. Deux passages ultérieurs montrent pourtant que la taxe pouvait être suspendue : aux colons envoyés dans les nouveaux territoires du Qin, on offrait « la remise de la dénonciation » (以除告緡) comme appât, et à ceux qui livraient du grain à Ganquan, on promettait « pas de dénonciation » à vie (不告緡 ; le Hanshu porte 不復告嬢). Cela suffit à la remettre à sa place — une politique révocable, non un impôt permanent doté d'un nom définitif. La règle peut se recopier phrase par phrase ; le résultat ne peut se dire qu'en jì 計 et en shù 數.
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Sources et lectures complémentaires
- 司马迁《史记》卷三十〈平准书〉(维基文库本,未与点校本复核) — The levy is introduced as a speech of the senior officials — 'then the ministers said' (於是公卿言) — restoring an old rule: 'in former times the carts and the cash of merchants were counted at fixed rates; let them be counted as before' (異時算軺車賈人緡錢皆有差,請算如故). The schedule: merchants, small manufacturers, lenders and traders, 'even without a market register, shall themselves declare their goods' (雖無市籍,各以其物自占), 'one count per two thousand cash' for merchants and 'one count per four thousand' for artisans; carts and boats by status and length; concealment means 'one year on the frontier and confiscation of the cash' (戍邊一歲,沒入緡錢); 'anyone able to inform shall be given half' (有能告者,以其半畀之). Then execution: after Bu Shi was honoured and the people still did not contribute, 'denunciations of the cash tax were let loose' (於是告緡錢縱矣); 'Yang Ke's denunciations ran through the empire, households of middling means and above were mostly accused' (楊可告緡遍天下,中家以上大抵皆遇告); 'Du Zhou judged them and few were reversed' (獄少反者); goods were taken 'counted by the hundred million, slaves by the thousand and ten thousand, fields several hundred qing in a large county and a hundred-odd in a small one' — all approximations. The takings went to the offices, which 'each set up agricultural officials and often farmed the confiscated fields on the spot' (各置農官,往往即郡縣比沒入田田之), and the confiscated slaves 'were distributed to the parks to feed dogs, horses and birds and beasts' (分諸苑養狗馬禽獸).
- 班固《汉书》卷二十四〈食货志〉(维基文库本,未与点校本复核) — The same passage in the Hanshu, with variants that are quoted as they stand. The page writes 嬢 for 缗 in several places — 'rate two thousand of 嬢 cash to one count' (率嬢錢二千而算一), 'denunciations of 嬢 ran through the empire' (告嬢遍天下) — a transcription error for 缗錢, noted but not silently corrected. It has 大氐 for the Shiji's 大抵 in 'households of middling means and above were mostly accused'; 沒入田貨 where the Shiji has 沒入田僮; and it closes the passage '用少饒矣' where the Shiji has '用益饒矣' — one character apart, and the sense runs differently, so both readings are given side by side without adjudication.




