La veille d'aller à la cour du seigneur, dit le Livre des rites, un homme passait la nuit dans une chambre extérieure, jeûnait et se baignait, recevait du scribe la tablette d'ivoire où étaient écrites les réponses qu'on pourrait lui demander, puis revêtait ses habits. Ensuite, deux dernières choses : il répétait sa contenance, et « regardait au son de son jade » (習容,觀玉聲). Puis il sortait. Baignade, jeûne, tablette, vêtement : tout cela précède la vérification finale, qui se fait avec les oreilles.

D'abord le jade, puis la porte

Le passage vient du chapitre « Yu Zao » (玉藻) du Livre des rites. Le titre est emprunté à sa première phrase, qui parle de la coiffe : « le jade en frange du Fils du Ciel, douze pendeloques, retombant devant et derrière » (天子玉藻,十有二旒,前後邃延). Le chapitre passe en revue les mets et les boissons, les coiffes, les ceintures, les tablettes et les fourrures avant d'arriver au jade de ceinture, avec des règles pour le Fils du Ciel, les seigneurs, les grands officiers et les shi (士). C'est un livre de ce qu'il faut faire, communément daté des Royaumes combattants et du début des Han, et il ne dit jamais à quoi ressemblait le jade. Le verbe de 觀玉聲 est « regarder » ; la page ne donne aucune note, et la lecture courante veut qu'il ait écouté le son produit par ses pas.

Le jade de ceinture appartient à la ceinture : « toute ceinture a son jade de ceinture ; seul le deuil n'en a pas » (凡帶必有佩玉,唯喪否). Puis le chapitre nomme une pièce et s'arrête : « le jade de ceinture a un chongya » (佩玉有衝牙). Ce qu'était un chongya (衝牙), combien de pièces pendaient à côté, comment on les enfilait : rien de tout cela n'est dit. Ce qui importe au chapitre, c'est l'obligation : « l'homme de bien, sans raison, ne quitte pas son jade » (君子無故,玉不去身), puis « l'homme de bien compare la vertu au jade » (君子於玉比德焉). C'est la seule phrase de ce genre dans la page ; aucune liste de vertus ne suit.

Zhi et jue à droite, gong et yu à gauche

Vient alors le passage célèbre : « l'homme de bien de l'Antiquité portait toujours son jade : zhi et jue (徵角) à droite, gong et yu (宮羽) à gauche ; au pas rapide il suivait Cai Qi (采齊), à la marche Si Xia (肆夏). Un tour complet suivait le compas, un tour à angle suivait l'équerre. En avançant il s'inclinait, en reculant il se relevait, puis le jade résonna » (古之君子必佩玉,右徵角,左宫羽,趨以采齊,行以肆夏。周還中規,折還中矩。進則揖之,退則揚之,然後玉鏘鳴也). Zhi, jue, gong et yu sont quatre des cinq notes ; Cai Qi et Si Xia sont, selon la lecture courante, des noms de pièces de musique. Rien de tout cela n'est glosé. Quelle pierre donne quelle note, combien de pièces pendent d'un côté, qui jouait la musique : le chapitre ne le dit pas.

Le raisonnement qu'il donne est un contrôle continu : « ainsi l'homme de bien, en char, entend les cloches luan et he (鸞和) ; à pied, il fait sonner son jade, et aucune pensée déréglée ne trouve par où entrer » (故君子在車則聞鸞和之聲,行則鳴佩玉,是以非辟之心無自入也). Chaque pas rend compte du corps qui le fait : un pas faux donne un son faux. C'est l'explication du faiseur de rites sur la raison d'être du jade de ceinture ; ce n'est pas la preuve que les hommes marchaient ainsi, et le chapitre ne montre jamais un homme en train de marcher.

Quelle pierre, quel cordon

La pierre et le cordon se graduent ensemble : « le Fils du Ciel porte du jade blanc sur un cordon noir ; les seigneurs, du jade sombre comme la montagne sur un cordon rouge ; les grands officiers, du jade vert comme l'eau sur un cordon uni ; l'héritier, du jade yu sur un cordon bleu sombre ; le shi, du jade ruan-min sur un cordon brun-rouge » (天子佩白玉而玄組綬……士佩瓀玟而緼組綬). Cinq rangs, cinq pierres, cinq cordons. Chacun de ces adjectifs est une couleur ou une qualité que la page laisse sans définition. Puis, hors de l'échelle : « Confucius portait un anneau d'ivoire de cinq pouces, sur un cordon bleu sombre » (孔子佩象環五寸而綦組綬) — un homme nommé, une autre matière, et la seule mesure du passage.

Cinq pouces, c'est la seule dimension que le chapitre donne pour une pièce de jade de ceinture : ni prix, ni poids, ni provenance de la pierre, ni tailleur, ni nombre de pièces, ni manière de les enfiler. Le seul terme de structure, chongya (衝牙), est nommé puis laissé là. Avec ce chapitre en main, un lecteur ne pourrait pas faire fabriquer un jade de ceinture, et ne pourrait pas dire combien il coûtait. Les règles gouvernent un corps en mouvement ; l'objet reste hors du texte.

Quand le jade doit se taire

Le chapitre n'est pas moins précis sur le moment où le jade n'est pas porté. « En présence du seigneur, il ne porte pas son jade : le pendant de gauche est noué, celui de droite est laissé libre » (君在不佩玉,左結佩,右設佩). Chez soi, les deux sont laissés libres ; à la cour, les deux sont noués ; pendant le jeûne, ils sont noués d'une autre façon, avec le cache-genou de la couleur du rang (齊則綪結佩而爵韠). Ce sont les verbes qui font le travail : 設, « laisser libre », laisse les pièces s'entrechoquer ; 結, « nouer », les rassemble. Que le fait de nouer les fasse taire se déduit des verbes — la page ne le dit pas. Ce que la règle suppose, c'est que devant le seigneur le son s'arrête, et qu'ailleurs il est là. En deuil, il n'y a pas de jade du tout.

Le jade tenu à la main est un troisième cas, traité comme un autre objet. Tenir du jade ou une carapace de tortue oblige à rabattre son vêtement de dessus sur celui de dessous (執玉、龜,襲), à l'inverse de la parade. Et la marche change : « tenant une carapace ou du jade, il lève l'avant du pied et traîne le talon, comme s'il marchait avec précaution » (執龜玉,舉前曳踵,蹜蹜如也). Le jade porté doit sonner ; le jade tenu exige le vêtement fermé et le pas court. La même matière, deux disciplines du corps.

Le jade de l'autre salle

Une autre salle, un autre usage du jade, dans le chapitre « Gu Ming » (顾命) du Shang Shu. Le roi se meurt ; après sa mort, le Grand Protecteur fait disposer la salle, des jades posés sur les tables aux quatre emplacements : « à la fenêtre, face au sud … une table avec du jade fleuri ; à la paroi ouest, face à l'est … une table avec des coquillages ouvragés ; à la paroi est, face à l'ouest … une table avec du jade gravé » (牖間南嚮……華玉仍几……雕玉仍几). Puis les trésors sont rangés le long des deux parois : « cinq étages de jade Yue : Chen Bao, le Couteau rouge, les Grandes Instructions, le Hong Bi, le Wan et le Yan, à la paroi ouest ; le Grand Jade, le Jade Yi, le Globe céleste, le Diagramme du Fleuve, à la paroi est » (越玉五重:陳寶、赤刀,大訓、弘璧、琬、琰,在西序;大玉、夷玉、天球、河圖,在東序). Chaque pièce a un nom et une place ; aucune n'a de dimensions, de couleur ni de description. « Tables fixes » (仍几) est la lecture courante : des tables sur lesquelles repose le jade ; la page ne donne aucune note. Traditionnellement, ce chapitre est la mort du roi Cheng et l'avènement du roi Kang, alors que la page ne dit que « le roi » et « le fils aîné Zhao ». Puis le rite commence et le jade passe dans des mains : « le Grand Protecteur soutient la tablette jie (介圭) ; le Grand Ancêtre présente le tong et le mao » (太保承介圭,上宗奉同瑁). Plus loin, la coupe est reçue, les mains lavées, un autre tong employé pour rendre le toast ; le roi s'incline, offre et verse, trois fois chaque geste. Ces jades reposent sur des tables ou passent de main en main. Aucun n'est porté ; aucun ne sonne.

Ainsi les deux pages se partagent le sujet et ne se rencontrent jamais. L'une est un livre de règles pour un corps en mouvement, où le jade s'entend ; l'autre est le compte rendu d'une salle et d'un rite, où le jade est posé et tendu. Aucune des deux ne dit à quoi ressemblait un jade de ceinture, d'où venait la pierre, ni combien il coûtait. Ce qui reste, c'est une position, un verbe et un son : 設, 結, 承, 奉 — et 鏘鳴.

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Sources et lectures complémentaires

  1. 《礼记·玉藻》(维基文库本,未与点校本复核) — The whole pendant material comes from one chapter. Before court: 'he practised his bearing and looked to the sound of his jade' (習容,觀玉聲). On the belt: 'every belt has its pendant jade; only in mourning it has none… the pendant jade has a chongya… the gentleman, without cause, does not let the jade leave his body… the gentleman compares virtue to jade' (凡帶必有佩玉,唯喪否。佩玉有衝牙。君子無故,玉不去身。君子於玉比德焉). The sound rules: 'zhi and jue on the right, gong and yu on the left; at the quick step he kept to Cai Qi, at the walk to Si Xia; a full turn matched the compass, an angled turn the square; advancing he inclined, retreating he lifted, and then the jade rang' (右徵角,左宫羽,趨以采齊,行以肆夏。周還中規,折還中矩。進則揖之,退則揚之,然後玉鏘鳴也), with the stated reason: 'in his carriage he hears the bells of luan and he, walking he sounds his jade, and no improper thought finds a way in' (故君子在車則聞鸞和之聲,行則鳴佩玉,是以非辟之心無自入也). The rank list gives five stones and five cords, from the Son of Heaven's white jade on a black cord to the shi's ruan-min jade on a reddish-brown cord, then 'Confucius wore an ivory ring five inches across' (孔子佩象環五寸而綦組綬) — the only measurement. Silence: 'in the ruler's presence he does not wear his jade: the left pendant is tied up, the right is set' (君在不佩玉,左結佩,右設佩); also 'holding jade or a tortoise shell, he closes his outer robe' (執玉、龜,襲) and 'holding a tortoise shell or jade, he lifts the front of the foot and drags the heel' (執龜玉,舉前曳踵,蹜蹜如也). The page is the text only: no commentary, no gloss on any jade name, no size, price or description of any piece except the ivory ring's five inches.
  2. 《尚书·顾命》(维基文库本,未与点校本复核) — Jade set out, not worn. After the king's death the hall is prepared: 'at the window facing south … a table with flowered jade; at the west wall facing east … a table with figured shell; at the east wall facing west … a table with carved jade; at the west side-room facing south … a table with lacquer' (牖間南嚮……華玉仍几。西序東嚮……文貝仍几。東序西嚮……雕玉仍几。西夾南嚮……漆仍几). The treasures: 'five tiers of Yue jade: Chen Bao, the Red Knife, the Great Instructions, the Hong Bi, the Wan and the Yan, at the west wall; the Great Jade, the Yi Jade, the Heavenly Globe, the River Diagram, at the east wall' (越玉五重:陳寶、赤刀,大訓、弘璧、琬、琰,在西序;大玉、夷玉、天球、河圖,在東序). In the accession rite jade is held: 'the Grand Protector holds the great jie tablet; the Grand Ancestor holds the tong and mao' (太保承介圭,上宗奉同瑁). The chapter names pieces and places them; it gives no size, colour, material or carving for any of them, and nobody in it wears jade. Its figures are called only 'the king' and 'the eldest son Zhao'; the identification as King Cheng's death and King Kang's accession is traditional, not stated on the page.