Le jour ji-si (己巳) du quatrième mois, à Chengpu (城濮). La veille, le seigneur de Jin (Jìnhóu 晋侯) avait rejoint ici le seigneur de Song et les généraux de Qi et de Qin ; l'armée de Chu campait adossée aux hauteurs de Xi (酅). Avant le combat, le seigneur de Jin monta sur les ruines de Youshen (有莘), regarda ses troupes et dit : « jeunes et anciens gardent leur ordre ; on peut les employer » (少长有礼,其可用也). Le Zuo Zhuan avait déjà donné le chiffre : sept cents chars de Jin, avec leurs sangles et leurs harnais (晋车七百乘,韅、靷、鞅、靽). Quelques jours plus tôt, cette armée avait reculé de quatre-vingt-dix li.
Trois she de repli
La promesse des trois she avait été faite des années plus tôt, en Chu. Comme on lui demandait comment il s'acquitterait envers le seigneur de Chu, l'exilé Chong Er (重耳), le futur seigneur Wen de Jin (晋文公), énuméra ce que Chu possédait déjà, puis dit : « si, grâce à votre esprit, je reviens en Jin, et que Jin et Chu mettent leurs armées en marche et se rencontrent dans la plaine centrale, je reculerai de trois she devant vous » (其辟君三舍) ; et si cela ne le satisfaisait pas encore, la cravache et l'arc dans la main gauche, le carquois suspendu à droite, il aurait « un tour » avec lui. Zi Yu (子玉) voulait le faire tuer ; le seigneur de Chu refusa.
La vingt-huitième année, les paroles arrivèrent à échéance. Le roi de Chu ne voulait pas de cette bataille : il ordonna à Zi Yu de quitter le siège de Song et de « ne pas suivre l'armée de Jin », cita trois sentences des Registres militaires — se retirer quand il convient, reculer quand c'est difficile, l'homme de vertu ne peut être affronté — et dit qu'elles décrivaient Jin. Zi Yu envoya Bo Fen (伯棼) demander la bataille ; le roi, irrité, « lui donna peu de troupes : seuls les Xīguǎng, les Dōnggōng et les six compagnies de Ruo Ao le suivirent » (唯西广、东宫与若敖之六卒) — l'Aile de l'Ouest, le Palais de l'Est, et les six compagnies du clan Ruo Ao. Zi Yu envoya Wan Chun (宛春) exiger la restauration du seigneur de Wei et l'investiture de Cao en échange de la levée du siège de Song. Xian Zhen (先轸) proposa la contre-mesure : promettre secrètement à Cao et à Wei leur rétablissement pour les détacher de Chu, arrêter Wan Chun pour irriter Chu, « et régler l'affaire après la bataille ». Cao et Wei rompirent avec Chu ; Zi Yu suivit l'armée de Jin ; l'armée de Jin se retira. Les officiers objectèrent que reculer devant un sujet était une honte ; Zi Fan (子犯) répondit qu'« une armée est forte quand elle est dans son droit et vieille quand elle est dans son tort », que ce repli repayait la bonté de Chu, et que « s'ils insistent, alors un seigneur a reculé et un sujet a pressé, et le tort est de leur côté » (君退臣犯,曲在彼矣). Ils reculèrent de trois she ; les rangs chu voulaient s'arrêter ; Zi Yu ne le permit pas. Trente li font un she, donc quatre-vingt-dix li en tout — la glose habituelle, et aucune des deux pages ne la note.
Les lignes de Chengpu
À Chengpu, le seigneur de Jin s'inquiéta du camp chu adossé à Xi ; ses hommes chantaient « les champs sont épais d'herbe ; laissons l'ancien et projetons le neuf ». Zi Fan dit « combats » ; Luan Zhenzi (栾贞子) dit que Chu avait détruit les clans Ji au nord du Han, et qu'une petite bonté ne valait pas une grande honte. Le seigneur de Jin rêva qu'il luttait avec le seigneur de Chu, qui s'étendait sur lui et lui rongeait la cervelle ; Zi Fan lut le rêve comme un présage favorable. Puis vinrent les discours : l'envoyé de Zi Yu, Dou Bo (斗勃), demanda à « jouer avec les soldats de votre seigneur » pendant que les deux seigneurs regarderaient (请与君之士戏) ; Luan Zhi (栾枝) répondit que Jin avait reculé à cause de Chu, et conclut : « préparez vos chars, respectez l'affaire de votre seigneur ; nous nous verrons au matin » (诘朝将见).
Les lignes étaient nettes. À Jin : le centre sous Xian Zhen (原轸, Yuan Zhen) avec Xi Zhen (郤溱), l'armée supérieure sous Hu Mao (狐毛) et Hu Yan (狐偃), l'inférieure sous Luan Zhi et Xu Chen (胥臣) ; à Chu : le centre sous Zi Yu avec les six compagnies de Ruo Ao, disant « aujourd'hui, il n'y aura plus de Jin », Zi Xi (子西) à gauche, Zi Shang (子上) à droite. Sept cents chars de Jin ; pour Chu, le Zuo Zhuan ne donne que les troupes que le roi avait accordées à contrecœur, et aucun total.
Le jour même
Le combat tint en quatre temps. Xu Chen, second de l'armée inférieure, face à Chen et Cai, couvrit ses chevaux de peaux de tigre (虎皮) et frappa ; ils s'enfuirent et l'aile droite chu se rompit. Hu Mao dressa deux pennons (旆 pèi) et recula ; Luan Zhi fit traîner des branchages derrière ses chars, pour que la poussière ressemblât à une fuite ; l'armée chu s'élança à leur poursuite. Alors Yuan Zhen et Xi Zhen, avec le clan ducal de l'armée du centre, frappèrent de flanc, et Hu Mao et Hu Yan prirent Zi Xi entre deux feux ; l'aile gauche chu se rompit. L'armée chu fut défaite ; seul Zi Yu rassembla ses hommes et s'arrêta, et ne fut donc pas brisé.
Après la bataille vinrent les comptes : l'armée de Jin mangea trois jours dans les champs de Chu avant de se retirer ; à Hengyong (衡雍) elle bâtit le palais royal de Jiantu (践土) ; au cinquième mois elle présenta cent chars à quatre chevaux et mille fantassins ; le roi conféra au seigneur de Jin le titre de hóubó (侯伯, chef des seigneurs) et lui donna les grands chars et les chars de guerre (大辂、戎辂 dàlù, rónglù) avec leurs robes, un arc rouge et cent flèches rouges, mille arcs et flèches noirs, une jarre de vin de millet noir (秬鬯 jùchàng), trois cents gardes-tigres, avec cette charge : « révérer l'ordre du roi et pacifier les quatre contrées » (敬服王命,以绥四国). La fin de Zi Yu a deux versions : le texte du Chun Qiu dit seulement « Chu tua son grand officier Dechen (得臣) » ; le Shiji dit que le roi lui adressa des reproches et que « Zi Yu se tua » (子玉自杀).
Entre les deux pages
Les chiffres et les récits restent séparés. Le Zuo Zhuan donne à Jin sept cents chars et à Chu seulement les Xīguǎng, les Dōnggōng et les six compagnies ; le chapitre « Maison de Jin » (晋世家) du Shiji ne donne aucun compte de chars et dit seulement qu'« au jour ji-si, il livra bataille à l'armée de Chu, et l'armée de Chu fut défaite » (己巳,与楚兵合战,楚兵败). Les deux pages ne s'accordent pas, et aucun verdict n'est rendu ici — aucun compte de chars n'est converti en hommes non plus. Les autres variantes vont de même : le Zuo Zhuan fait le procès du seigneur de Cao — « il n'employa pas Xi Fu Ji (僖负羁), et trois cents hommes montaient en char » (不用僖负羁而乘轩者三百人) — tandis que le Shiji porte : « il ne suivit pas la parole de Li Fu Ji (釐负羁) et fit monter en char trois cents belles femmes » (不用釐负羁言,而用美女乘轩者三百人也). Le Shiji seul ajoute « Jin brûla l'armée de Chu, et le feu ne s'éteignit pas pendant plusieurs jours » (晋焚楚军,火数日不息), et une scène d'après la bataille où le seigneur de Jin place le mérite de Hu Yan — « il m'a dit de ne pas manquer à ma parole » — au-dessus de celui de Xian Zhen — « à la guerre, la victoire est la règle ».
Le repli peut se lire à deux niveaux. Dans le Zuo Zhuan, c'est d'abord le calcul de Zi Fan sur le droit et le tort ; dans le Shiji, il devient les mots du seigneur de Jin — « autrefois, en Chu, j'ai promis de reculer de trois she ; puis-je le doubler ? » (昔在楚,约退三舍,可倍乎) — puis une raison dans les récompenses. Chaque page donne un niveau ; cet article les met côte à côte sans décider du motif, et sans en faire une leçon de bonne foi. Trente li au she, quatre-vingt-dix li : c'est la glose habituelle qui est citée.
Une journée de combat
Cet article ne couvre qu'un jour : Chengpu, le jour ji-si du quatrième mois, sept cents chars de Jin, le centre, la gauche et la droite de Chu, les raisons du repli de trois she, les quatre temps du combat et le résultat. Aucune des deux pages ne donne de carte, de superficie du champ de bataille ni d'effectifs totaux ; rien de tel n'est ajouté ici, et il n'est pas ajouté d'archéologie. Le Zuo Zhuan lui-même porte un jugement à la fin de l'année précédente — « une seule bataille, et il fut chef des seigneurs ; ce fut l'enseignement de Wen » (一战而霸,文之教也) — cité comme sa propre ligne, non développé en thèse sur un tournant de la rivalité entre Jin et Chu.
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Sources et lectures complémentaires
- 《春秋左氏传》僖公(维基文库本,未与点校本复核) — The full account. The promise in the twenty-third year: 'if by your spirit I return to Jin, and Jin and Chu marshal their armies and meet on the central plain, I will retire three she before you; if I still do not receive your command, then with whip and bow in my left hand and quiver at my right I will have a turn with you' (其辟君三舍……以与君周旋). In the twenty-eighth year: the king of Chu orders Zi Yu not to follow the Jin army and quotes the Military Records; 'he gave him few troops: only the Western Broad, the Eastern Palace and the six companies of Ruo Ao went with him' (唯西广、东宫与若敖之六卒实从之); Wan Chun's proposal and Xian Zhen's counter; the retreat, the officers' objection, and Zi Fan's 'an army is strong when it is straight and old when it is crooked … a lord has retired and a subject has pressed on him, and the crookedness is theirs' (师直为壮,曲为老……君退臣犯,曲在彼矣). At Chengpu: the divination songs, the dream, the two speeches (请与君之士戏……诘朝将见), 'seven hundred chariots of Jin' (晋车七百乘), the lines under Xian Zhen, Hu Mao and Hu Yan, Luan Zhi and Xu Chen, and Zi Yu's centre with Zi Xi left and Zi Shang right; the fighting — tiger skins, two pennants, brushwood dust, 'Yuan Zhen and Xi Zhen with the ducal clan struck across' (原轸、郤溱以中军公族横击之), both Chu wings broken, Zi Yu gathering his men; then three days of Chu's grain, the presentation of prisoners, and the king's charge and gifts. The Chun Qiu text in the same page has 'Chu killed its grand officer Dechen'.
- 《史记》卷三十九·晋世家(西汉司马迁;维基文库本,未与点校本复核) — The parallel account with the differences that matter. The same campaign, with 'three hundred beauties riding in carriages' (用美女乘轩者三百人也) where the Zuo Zhuan has only the three hundred riders; the king of Chu's refusal to fight and his 'few troops'; Wan Chun's mission and Xian Zhen's counter; the retreat justified in the lord of Jin's own words, 'in Chu I promised to retire three she; can I double it?' (昔在楚,约退三舍,可倍乎). The battle is given in one line, with no chariot count: 'on ji-si he joined battle with the Chu army, and the Chu army was defeated' (己巳,与楚兵合战,楚兵败). Then the presentation of prisoners, the king's appointment of the lord of Jin as leader of the lords with the gifts, and the line 'Jin burned the Chu army, and the fire did not go out for several days' (晋焚楚军,火数日不息). Zi Yu's end: the king 'reproached Zi Yu, and Zi Yu killed himself' (让责子玉,子玉自杀). After the battle the lord of Jin ranks the rewards, putting Hu Yan first because 'he told me not to break faith', over Xian Zhen's 'in war victory is the rule' — a judgement the Zuo Zhuan passage does not contain.




