Le rouge appliqué pouvait se retirer du tissu. Song Yingxing(宋应星), dans le Tiangong Kaiwu(《天工开物》), en donne la méthode : on trempe la pièce de soie déjà teinte, on laisse tomber dessus quelques dizaines de gouttes d'eau de lessive ou d'eau de cendre de paille de riz, et le rouge remonte peu à peu de la fibre dans l'eau sans qu'il s'en perde une demi-goutte ; la liqueur recueillie est gardée dans de la farine de haricot mungo, et sert à la teinture suivante. Les teinturiers, écrit-il, en font un secret et ne le confient pas aux étrangers. Le passage traite d'un tour de main d'atelier pour épargner la matière : il ne dit pas un mot de qui avait le droit de porter du rouge.
Une pièce de toile
Le seul textile que le livre traite comme indifférent au rang est le coton. « Pour se garantir du froid, dit Song, la toile de coton est la même pour le noble et pour le vil. » La plante, que les anciens traités nomment xima(枲麻), poussait partout ; le livre connaît le coton d'arbre et le coton d'herbe, des fleurs blanches et pourpres, le blanc comptant neuf parts sur dix. Le tissage était meilleur à Songjiang, l'apprêt et la teinture à Wuhu, et pourtant « il y a du coton tissé dans chaque pouce de terre » : partout on en faisait, la différence était dans le fini.
Le fini tenait à une pierre. La toile était calandrée sous un bloc de roche froide et de grain fin venu du nord du fleuve, et une bonne pierre coûtait plus de dix jin d'argent — le prix de la pierre, non celui de la toile. Les grandes maisons de Wuhu, écrit Song, font le plus grand cas de la bonne pierre : si la pierre ne chauffe pas, les fils restent serrés au lieu de se relâcher. Une phrase du même chapitre est plus plate encore : dans dix foyers sur dix, il y a un métier à tisser. Le coton n'était pas un objet rare, c'était un meuble.
Trente et quelques couleurs
La couleur, dans ce livre, est une affaire de proportions. Le Zhuse zhiliao(《诸色质料》)énumère plus de trente couleurs, une notice par couleur. Le grand rouge n'emploie que la galette de carthame(红花饼 honghua bing) : on la tire à l'eau de wumei(乌梅, prune noire séchée), puis on clarifie plusieurs fois à l'eau de lessive — à défaut de lessive, de la cendre de paille de riz ; plus on clarifie, plus le rouge est vif. Les ateliers qui lésinent donnent d'abord un fond de lumu(芦木)pour épargner le carthame. Le carthame craint surtout l'aloès(沉香 chenxiang)et le musc(麝香 shexiang) : une robe rouge rangée avec des sachets parfumés perd sa couleur en moins d'un mois. Les quatre autres rouges — lotus, pêche, argent et eau — emploient la même galette et ne diffèrent que par « le poids, augmenté ou diminué » ; aucun ne sort sur soie de cocon jaune, tous exigent la soie blanche.
Les autres nuances viennent des mêmes matières, jouées l'une sur l'autre. Le xuan(玄, le noir profond), c'est l'indigo poussé au bleu-vert sombre, puis recouvert d'une décoction à parts égales de lumu(芦木)et d'écorce de yangmei(杨梅皮, myrica) ; le livre donne un autre procédé — eau de jeunes pousses d'indigo, puis qingfan(青矾, sulfate de fer)et beizi(棓子, noix de galle) — en avouant honnêtement que teint ainsi, le tissu « pourrit vite ». Le blanc de lune et le blanc d'herbe sont un indigo à peine trempé. Le vert de pois : décoction de huangbo(黄蘖, écorce du liège)puis indigo par-dessus ; le vert officiel : décoction de huaihua(槐花)puis cuve d'indigo par-dessus. Le rouge-bois : sumu(苏木, sapan)avec mingfan(明矾, alun)et noix de galle. Le pourpre : sapan en fond, sulfate de fer par-dessus.
Le bleu était la couleur que le commun pouvait le plus aisément se procurer, et le chapitre Landian(《蓝淀》)en donne la fabrique. Cinq plantes fournissent la cuve : l'indigo-thé, qui est le songlan(菘蓝) ; la renouée-indigo liaolan(蓼蓝) ; le malan(马蓝) ; le wulan(吴蓝), semé ; et le xianlan(莧蓝), venu plus récemment et tenu pour le meilleur. Feuilles et tiges vont en fosse ou en jarre, sept jours dans l'eau ; par shi de jus on jette cinq sheng de chaux, on brasse quelques dizaines de fois, et le pigment se dépose. L'écume retirée et séchée s'appelle dianhua(靛花, fleur d'indigo). L'indigo, avant d'entrer en cuve, se délaye toujours à l'eau de cendre de paille de riz ; chaque jour on brasse au bâton de bambou, un nombre de fois incalculable. La meilleure cuve s'appelle biaogang(标缸, la cuve de référence).
Lu d'un bout à l'autre, le chapitre n'enseigne que des poids, des nombres de clarifications, une décoction posée ou non sur l'autre : un métier, et pas une phrase sur ce que chacun devrait porter. Il enseigne même à teindre le xuan ; or les cas complémentaires ajoutés plus tard au code rangent précisément le xuan, le jaune et le pourpre parmi les couleurs interdites. Une recette écrite n'est pas une permission ; mais ce qui se tenait entre la recette et la robe, le matériau ne le dit pas.
Ce que réglait le code
Le Da Ming Lü(《大明律》), juan 12, ouvre l'article fu she wei shi(服舍违式, « bâtiments et vêtements non conformes au rang ») en posant une échelle : maisons, voitures, vêtements et objets des officiers comme du commun « ont chacun leur rang ». Qui use de ce qui n'est pas le sien : cent coups de bâton et destitution sans réintégration pour qui a charge ; cinquante coups de bambou léger pour qui n'en a pas, la peine retombant sur le chef de famille ; cinquante aussi pour l'artisan qui a fait l'objet. Les motifs de dragon et de phénix interdits sont plus lourds : cent coups et trois ans de travaux forcés pour l'officier comme pour le particulier, cent coups pour l'artisan, envoyé à la capitale avec toute sa maisonnée pour être immatriculé comme ju(局匠, artisan des ateliers d'État), l'objet prohibé confisqué. Le dénonciateur reçoit cinquante taels d'argent — la petite glose ajoute que cette prime ne vaut que pour le cas des objets prohibés ; l'artisan qui se dénonce lui-même est absous et payé de même.
Les cas complémentaires(tiaoli 条例)annexés au code referment le filet sur la couleur. La mise et les objets des soldats, des gens du commun, des moines et des prêtres avaient leurs anciens règlements ; qui portait en vêtement ordinaire brocart, soie de ramie, gaze ou broderie multicolore, ou faisait de l'écarlate travaillé à l'or des tentures et des couvertures, les femmes qui portaient robes brochées d'or à reflets, parures d'or et de joyaux, bordures de perles aux robes et aux chaussures : l'affaire venue au jour, chacun était jugé selon la peine encourue, et les vêtements saisis au profit de l'État. Un autre cas nomme les couleurs : usurper le xuan, le jaune ou le pourpre, ou les motifs de python, de poisson volant et de taureau qui charge, ou encore employer le vermillon et le jaune, ou les objets rituels réservés aux princes — tout cela se juge par analogie avec la loi sur l'usage illicite des motifs de dragon et de phénix(比照僭用龙凤文律拟断). Le seul endroit où le code lie directement une matière à une identité est le cas des moines et des prêtres taoïstes(sengdao 僧道) : leurs vêtements ne peuvent être que soie grossière, soie unie et pièce de toile, non soie de ramie ni gaze façonnée, sous peine de cinquante coups de bambou, de retour à la vie laïque et de confiscation des habits. La robe de moine et l'habit taoïste échappent à la prohibition. La glose dit la raison d'un trait : ces gens sont d'une classe vile.
Le chaînon manquant : le détail des rangs
Mais les échelons de cette échelle ne sont pas dans le code. L'article dit que les rangs existent et punit qui les franchit ; sa propre glose renvoie ailleurs pour le détail, au Da Ming Ling(《大明令》, les ordonnances des Ming). Ni ces ordonnances ni les chapitres somptuaires des statuts administratifs(Ming Huidian《明会典》)n'ont pu être lus pour cet article ; aussi aucun rang n'est-il énuméré ici. La règle souvent répétée selon laquelle les marchands ne pouvaient porter que soie unie et toile n'a pas non plus été vérifiée : on n'a pas trouvé de texte lisible, et on la consigne comme une affirmation, sans la citer. Déclarer que le vêtement des Ming était rigidement hiérarchisé serait combler ce trou avec une impression.
Entre le texte et le quotidien
Ce que le code offre est une peine, non un registre. Les peines sont précises jusqu'à la maisonnée de l'artisan envoyée à la capitale, et les cinquante taels du dénonciateur disent ce que les rédacteurs attendaient : l'application par la délation. Pourtant pas une poursuite pour une couleur, pas un teinturier interrogé sur sa cuve ne subsiste dans les matériaux examinés ici. Le texte de loi et les jours sont deux livres de comptes, et un seul est en main.
Le livre de métier n'est pas l'autre livre de comptes. Il ne donne ni le prix du carthame ni celui de l'indigo, ni le salaire d'un teinturier, ni le coût d'une robe achevée ; le seul prix du chapitre sur le coton est celui de la pierre à calandrer, dix jin et plus, qui n'a rien à voir avec la toile. Il ne dit pas non plus si les ateliers suivaient ses recettes, ni à qui étaient vendus les noirs profonds. Ce qui peut être établi est plus étroit et plus ferme : le coton était bon marché et partout, la chimie des couleurs était écrite et enseignable, et la loi portait sur le motif, la couleur et le rang, le détail des rangs demeurant dans un livre que cet article n'a pas pu ouvrir. Song Yingxing ferme le Buyi(《布衣》)par un jugement qui est le sien : « puisqu'on dit toile, la simplicité suffit »(既曰布衣,太素足矣). C'est un goût d'auteur, non une règle. (Les trois sections du Tiangong Kaiwu utilisées ici sont celles de Wikisource, dont la page se déclare non relue ; les citations doivent être collationnées avec l'édition Zhonghua Shuju ou l'édition annotée de Pan Jixing.)
Sources et lectures complémentaires
- 《大明律》卷十二·服舍违式、僧道拜父母(含条例;维基文库) — The ladder and the penalties: 'each has its rank' for houses, carriages, clothing and vessels; a hundred strokes and dismissal for an officeholder, fifty for a commoner, fifty for the craftsman; dragon-and-phoenix patterns a hundred strokes and three years; fifty taels for an informer, but the commentary says only for the dragon-and-phoenix clause. Appended cases name xuan, yellow and purple as forbidden colours and require sentencing by analogy with the dragon-and-phoenix law; clergy may wear only coarse silk, plain silk and hemp. The article's own commentary points to the Da Ming Ling for the detail of the ranks, which this piece could not read.
- 宋应星《天工开物》乃服第二·布衣(崇祯十年初刊;维基文库本页面标 25% 未校对) — 'For keeping out the cold, cotton cloth is the same for noble and base'; two kinds of cotton plant, white and purple flowers, white nine parts in ten; weaving best at Songjiang, bleaching and dyeing at Wuhu; a good calender stone worth more than ten jin (a stone, not cloth); looms in ten households out of ten; closing line 'since it is cloth, plainness is enough'.
- 宋应星《天工开物》彰施第三·诸色质料(崇祯十年初刊;维基文库本页面标 25% 未校对) — Recipes for thirty-odd colours: great red from safflower cake with dark plum water and repeated lye clarifications; lotus, peach, silver and water reds from the same cake by weight; blackish xuan from deep indigo covered with reed-wood and myrobalan; moon-white from a brief indigo dip; bean green from cork-tree bark under indigo; the trade secret for recovering red from dyed silk.
- 宋应星《天工开物》彰施第三·蓝淀(崇祯十年初刊;维基文库本页面标 25% 未校对) — Five indigo plants; leaves and stems steeped seven days, five sheng of lime to each shi of liquor, stirred until the pigment settles; dried scum is indigo flower; the best vat called the standard vat; indigo mixed with rice-straw ash water and stirred daily with a bamboo pole.




