Chaque année, au cœur de l'hiver, les bureaux de la préfecture et du district donnaient une cérémonie des libations villageoises : le haut fonctionnaire, entouré de ses subordonnés, établissait les rôles d'hôte et de convive, disposait les zudou (俎豆, les vases et les plats rituels), faisait préparer les instruments à cordes et à vent, offrait pour victime un shaolao (少牢, mouton et porc), chantait le poème Luming (《鹿鸣》, « Le cri du cerf ») et conviait les anciens du pays à venir y assister ; la cérémonie achevée, on reconduisait les candidats de l'année. Selon le Tongdian (《通典》), ceux-ci, « le festin d'adieu terminé, partaient avec les comptes » — ils faisaient route vers la capitale en même temps que le tribut de l'année. Ce qu'ils allaient passer, comment, et quelles épreuves les attendaient ensuite, voilà l'objet de cet article.
I. Deux voies d'accès : les shengtu et les xianggong
Deux voies menaient au concours. La première passait par les écoles. Le Xin Tang shu (《新唐书》), dans son traité sur les examens, en donne les effectifs : trois cents élèves à l'École des fils de l'État, cinq cents à la Grande École, mille trois cents à l'École des quatre portes — dont huit cents « gens du commun d'un talent remarquable » —, cinquante à l'école de droit, trente à celle de calligraphie, trente à celle de mathématiques ; quant aux écoles de préfecture et de district, on allait de quatre-vingts élèves au district de la capitale à quarante dans un district supérieur, trente-cinq dans un district moyen et vingt dans un district inférieur. Les élèves étaient « limités en âge à quatorze ans et plus, dix-neuf ans et moins » ; ils avaient un jour de congé par décade ; à la fin de l'année on examinait le travail de l'année, huit réponses justes valant le rang supérieur, six le moyen, cinq l'inférieur.
L'autre voie était le xianggong (乡贡), la contribution locale. Le Xin Tang shu dit : « Ceux qui se présentaient aux épreuves sans passer par une école étaient appelés xianggong ; tous, portant leur acte, se présentaient eux-mêmes à la préfecture ou au district. » La préfecture examinait d'abord, puis le gouverneur donnait la cérémonie d'adieu. Le contingent était nominal : « une préfecture supérieure trois par an, une préfecture moyenne deux, une préfecture inférieure une ; pour ceux qui ont du talent, pas de nombre fixe » ; et l'ancien règlement ajoutait que « bien que les préfectures fussent limitées à un, deux ou trois, en fait il n'y avait pas de nombre fixe ». Parvenus au secrétariat d'État (尚书省), les candidats étaient d'abord « rassemblés et vérifiés » par le ministère des Revenus (户部), puis soumis à l'examen du directeur adjoint du Bureau des mérites (考功员外郎) ; à partir de la vingt-quatrième année de l'ère Kaiyuan (736), ce fut le vice-ministre des Rites qui présida.
II. Ce que demandait l'examen métropolitain : le classique collé, la prose, la dissertation
Le programme variait selon le diplôme. Pour le jinshi (进士), dit le Xin Tang shu, on « composait cinq dissertations sur les affaires du temps et l'on collait un grand classique » — l'épreuve du tie jing (帖经), où des caractères du texte sont masqués et doivent être fournis. Qui réussissait tout, classique et dissertations, était reçu en première classe (甲第) ; quatre dissertations et plus de quatre caractères collés, en seconde (乙第). Pour le mingjing (明经), on « collait d'abord le texte, puis l'on interrogeait oralement » : dix questions sur le sens général, trois dissertations sur les affaires du temps. Le xiucai (秀才) composait cinq dissertations sur la stratégie. Sur le papier, les grades existaient ; en fait, dit le Tongdian, « depuis les commencements de Wude, le mingjing n'a jamais été placé qu'au quatrième grade, le jinshi qu'en seconde classe » — l'échafaudage des quatre grades et des deux classes tenait, mais seule la dernière servait.
Les épreuves ne cessèrent de s'ajouter. En 634 (huitième année de Zhenguan), on ajouta au jinshi la lecture d'un classique ou d'une histoire ; en 680 (deuxième année de Tiaolu), Liu Sili demanda par mémoire que le classique collé fût ajouté aux deux diplômes ; en 681 (deuxième année de Yonglong), un édit prescrivit « six bons caractères sur dix pour le mingjing, deux pièces de prose pour le jinshi, et que seuls ceux qui connaissent les règles du style fussent ensuite examinés sur la dissertation ». Comment collait-on ? Le Tongdian le détaille : on couvrait les deux extrémités du passage étudié, on n'ouvrait qu'une seule ligne au milieu, on découpait du papier pour masquer — « trois caractères en tout par collage » — et l'on tenait pour reçu celui qui en fournissait quatre, cinq ou six ; plus tard, le nombre des candidats ayant grandi, la méthode se fit plus dure, « on voulait les faire tomber », jusqu'à mordre sur le commentaire et ne laisser qu'un ou deux caractères au bas du passage : on appelait cela « tirer à la racine » (daoba, 倒拔).
III. Jinshi et mingjing : deux hommes, deux séries de chiffres
Pourquoi le jinshi était-il difficile ? Le Tongdian donne deux chiffres : « Pour le jinshi, sur mille candidats, une dizaine ou une vingtaine obtiennent le diplôme ; le mingjing, dont la mesure est plus large, en compte dix ou vingt sur cent. » Dix à vingt sur mille d'un côté, dix à vingt sur cent de l'autre : le mingjing était dix fois plus large. Plus rude encore était la phrase sur les examens sur édit (zhiju, 制举) : « Ceux qui répondent à l'édit sont deux mille au plus, jamais moins de mille, et l'on n'en prend qu'un sur cent. » Le jinshi se divisait en deux classes, le mingjing portait les noms de quatre sections ; en pratique, on n'employait que la dernière.
« De tous les diplômes, dit le Xin Tang shu, le jinshi était le plus honoré. » Sous Wenzong, un édit ordonna au ministère des Rites de « recevoir chaque année trente reçus ; s'il n'y a pas les hommes, qu'on ne remplisse pas le nombre » — trente était déjà un plafond. Le xiucai disparut tôt : sous Zhenguan, « quand un candidat présenté échouait, son préfet en était puni, et le diplôme cessa » ; il fut officiellement supprimé en 651 (deuxième année de Yonghui, sous Gaozong). Après quoi les grandes familles ne se tournèrent plus que vers deux diplômes, le mingjing et le jinshi.
IV. Après la réussite : remerciements, Qujiang, puis le ministère du Personnel
Réussir ne faisait pas un fonctionnaire. Le Xin Tang shu décrit les cérémonies : les reçus « formaient une file, annonçaient leur nom et allaient remercier l'examinateur à son hôtel » ; ils se rangeaient au pied de l'escalier de l'ouest, l'examinateur leur rendait leur salut, puis l'on s'ordonnait selon l'âge et l'on remerciait ; venaient ensuite la réunion de la même année, la fête du canal Qujiang et la liste des noms inscrits. L'ensemble fut supprimé sur la proposition de Li Deyu : « Désormais, une seule visite au service compétent, et rien de plus ; les réunions, les visites et l'inscription de Qujiang sont toutes abolies. » La même année, il soutint que les fils des grands dignitaires avaient peine au concours : ces rites faisaient donc partie du statut.
La vraie porte était au ministère du Personnel. Le Tongdian expose la nomination : les postes civils relevaient du ministère du Personnel, les postes militaires de celui de la Guerre, et l'opération s'appelait quanxuan (铨选, la sélection par roulement). Le ministère travaillait en trois sections, le ministre en tenant une, les deux vice-ministres les autres. On choisissait sur quatre points : « premièrement la prestance, pour une apparence pleine et imposante ; deuxièmement la parole, pour une argumentation claire et correcte ; troisièmement l'écriture, pour une régulière élégante et ferme ; quatrièmement le jugement, pour une composition bien conduite ». Au-dessous du sixième rang, on proposait les postes en comptant l'ancienneté et en pesant les services ; les bons jugements étaient « admis dans la classe », les fort maladroits « en haillons » ; il y avait en outre les examens de grande rhétorique et d'excellence. La nomination donnait un gaoshen (告身, brevet), scellé du sceau dont le texte était « Sceau des brevets du ministère du Personnel ». Réussir n'était qu'une « origine » (出身) ; l'office, lui, se faisait la queue ici.
V. Le règlement est le règlement, les reçus sont les reçus
Ces chiffres se lisent par couches. Le Tongdian est la compilation institutionnelle de Du You, un homme des Tang ; le Xin Tang shu est un traité d'histoire rédigé sous les Song. Les deux décrivent « comment on devait examiner », non la liste des reçus d'une année. « Sur mille, dix ou vingt reçus » est une généralité ; « trente par an » est un plafond fixé par édit : on ne peut pas les multiplier pour en tirer un taux de réussite pour une année donnée, et cet article ne fait pas ce calcul. Les procédés du type huming (糊名, nom masqué) ou tenglu (誊录, copie des épreuves) ne sont pas développés ici. La mode des xingjuan (行卷) et des wenjuan (温卷), ces cahiers de poèmes offerts aux examinateurs, n'a dans ces deux traités aucun texte citable : cet article n'en traite pas.
Revenons à cette cérémonie des libations : dans la cour de la préfecture, les zudou sont dressés, les musiciens jouent le Luming, un candidat qui n'a jamais fréquenté d'école se tient au bas de l'escalier, son acte à la main, et part le lendemain avec le tribut. À Chang'an l'attendent le classique collé, la prose, la dissertation, puis les quatre épreuves du ministère du Personnel : prestance, parole, écriture, jugement. En deux siècles, les matières se sont divisées, le jinshi est devenu plus difficile, et ceux qui réussissaient sont toujours restés dix ou vingt sur mille. Le règlement, lui, se décrit exactement ; le nombre n'est jamais qu'une approximation.
Sources et lectures complémentaires
- 《通典》卷十四、卷十五·选举(唐杜佑撰;维基文库本,页标 textquality 25%,未与中华书局点校本复核) — Tang compendium of institutions, not a candidate's diary. Juan 15: the prefectural quotas of three, two and one a year with no fixed number in practice; the winter ceremony and the local tribute; the Board of Revenue's register check and the Bureau of Merit's examination; the pasted-classic method with its three characters and later 'pulling up by the roots'; the jinshi and mingjing papers; 'a hundred or two out of a thousand' for the jinshi and ten or twenty out of a hundred for the mingjing; one in a hundred for edict examinations; the 736 transfer to the Board of Rites; the Board of Personnel's four tests of bearing, speech, writing and judgment. Juan 14 has the Sui origin of the jinshi degree.
- 《新唐书》卷四十四·选举志上(宋欧阳修、宋祁等修;维基文库本) — Song compilation of Tang institutions. The two routes of students and local tribute, with the phrase about coming with a document and enrolling oneself; the school quotas and the age limit of fourteen to nineteen; the papers of each degree; the 681 edict adding prose; the 736 transfer to the Board of Rites; Wenzong's ceiling of thirty a year; the ceremonies of thanks, the Qujiang party and the inscribed list, abolished by Li Deyu.




